—C'est cependant ainsi! riposta Thérèse... Vous saviez déjà une partie de nos anxiétés, avant la scène de ce matin. Vous savez tout maintenant!... Je suis venue chez vous comme chez un ami sûr... J'ai en votre discrétion, en votre jugement, en votre affection, une foi absolue... Répondez sans ambages... A notre place, que feriez-vous?...
Bœrzell dressa les bras dans un geste désespéré:
—Ah! mademoiselle!... Vous me direz que je choisis mal mon heure pour vous adresser des reproches... Pourtant vous conviendrez que, si vous vous aviez été moins rigoureuse, moins impitoyable, nous ne serions pas aujourd'hui dans une détresse aussi cruelle!...
—Comment cela? fit Thérèse.
—Oui, j'ai tenu ma promesse, je l'ai tenue religieusement... Jamais je ne vous ai parlé mariage... Une foule d'occasions s'en offraient... Je n'ai profité d'aucune... Je comptais sur votre bon cœur pour me délier un jour de ce serment... Plus je pénétrais dans votre intimité, plus mon espoir s'affermissait... Eh bien! je déplore ma patience, je déplore ma fidélité... Si j'y avais manqué, je présume qu'actuellement nous serions mariés... Et, une fois votre mari, je pouvais vous secourir, je pouvais m'immiscer dans vos dissensions de famille, je pouvais discuter avec M. Raindal, je pouvais le persuader, le fléchir... Tandis que maintenant, qu'est-ce que je puis? Rien, rien, moins que rien!... M. Raindal, aux premiers mots, me désignerait la porte... Ah! mademoiselle, tenez, en voilà un cas, un bien pénible cas, hélas! où ce mariage dont vous faisiez tellement fi aurait pu devenir utile!...
Il marchait à travers la pièce, se cognant à la table, aux sièges qu'il écartait ensuite de la main.
Thérèse murmura:
—Et, en dehors de ce mariage, vous n'entrevoyez pas de solution?...
—Non, mademoiselle! riposta fébrilement Bœrzell... Je ne suis ni votre parent, ni votre allié... Je n'ai aucune prise sur votre père...
Il exhala un long soupir: