Il s'était planté devant Thérèse et l'interrogeait des yeux. Elle soutint longuement la ténacité de ce regard, puis, d'un accent mélancolique:
—Vous êtes la raison même! fit-elle... Vous êtes le meilleur et le plus loyal des amis... Soit!... Attendons... C'est effectivement plus digne des vieux sages que nous sommes... Cependant j'aurais aimé à vous prouver ma reconnaissance, à ne pas vous quitter, après ce que nous nous sommes dit, sans une marque d'amitié...
—Bien facile, mademoiselle! repartit posément Bœrzell.
—Quoi donc?...
—Permettez-moi, de toutes façons,—que M. Raindal vienne ou non,—de vous accompagner à Langrune. C'était pour moi une peine réelle que cette villégiature qui allait nous éloigner l'un de l'autre... Plus d'une fois, j'ai été sur le point de vous demander l'autorisation... Et j'ajournais la demande par peur de vous déplaire... A présent, je suis plus brave... Dites, me permettez-vous?
Mlle Raindal derechef lui tendait la main:
—Quelle question, monsieur Bœrzell!... Mais avec joie!...
Cette fois, il s'enhardit à un baiser de remerciement. Thérèse, par mégarde, s'était plainte d'avoir soif. Il se précipita vers sa chambre et revint portant un plateau. En un moment il eut préparé un verre d'eau sucrée où il versa quelques gouttes de rhum.
—Ménage de garçon, ménage de savant! grommelait-il par plaisanterie en tournant la cuiller... Pas d'eau de mélisse... pas de sels anglais... rien de ce qu'il faut pour recevoir les dames!...
Et, se corrigeant aussitôt: