—Chut!... Je me lance dans les allusions au mariage... Je ne me rappelais plus que mon serment recommence...

Thérèse buvait avidement, en lui souriant des paupières. Elle sursauta au timbre de la pendule, où tintaient les trois coups de trois heures.

—Et cette pauvre mère que j'oublie!... Au revoir... Merci encore. Merci de tout cœur!... A dimanche, n'est-ce pas? Peut-être y aura-t-il eu du nouveau et du bon!...

—C'est mon vœu le plus cher, mademoiselle, répliquait sceptiquement Bœrzell.

Il s'accouda à la fenêtre pour la regarder partir. D'un pas viril et balancé, elle se frayait la route à travers les passants, avec ce port de tête un peu hautain, que seuls donnent aux femmes la conscience de leur grâce ou l'orgueil de leur pensée. Et Bœrzell avait l'intuition que c'était plus qu'une jeune fille qui s'en allait là-bas: une sorte de tutrice, de mère par l'intellect,—le vrai chef de la famille Raindal.

Le tournant de la rue la dérobait à ses regards. Il referma la fenêtre. Il se sentait la poitrine gonflée par un contentement glorieux. Leur conduite à tous deux, la cordiale pureté de leur récent tête-à-tête lui paraissait le fait de personnes non vulgaires.

—Nous avons été très chic! résuma-t-il en son dialecte de vieil écolier.

Puis se rasseyant à sa table de travail, les yeux rêveurs, et comme formulant un souhait:

—Si elle voulait! murmura-t-il... Quelle société pour moi! Quelle épouse!... Car c'est un homme... un homme dans la plus noble acception du mot!...