Zozé, les sourcils froncés, examinait M. Raindal sans lâcher la main de son Raldo. Puis, se levant et tirant à elle le jeune homme:

—Tiens, venons sur la terrasse... Je serai plus tranquille...

Elle soupirait:

—Oh! mon Raldo, quelle scie qu'il soit resté!... Et tu sais, nous l'avons encore pour quinze jours!...

—Oui, tu m'as dit!... Bah! s'il nous gêne, on le sèmera, le Kangourou!... Ce ne doit pas être bien difficile!...

Il s'étaient accoudés dehors à la balustrade de pierre blanche. M. Raindal, minutieusement, entr'ouvrit les paupières. D'où il se trouvait placé, il ne voyait que de biais que Mme Chambannes, l'évasement de sa jupe bleu pâle, son buste de trois quarts, sa fine tête profilée à droite.... Pour parler à Gérald, sans doute, à Gérald qu'il devinait tout près, coude à coude avec elle, comme il avait été lui-même, là-haut, dans la chambre lumineuse, le premier jour de l'arrivée!... Il retint sa respiration afin d'essayer de les entendre. Il ne distinguait qu'une mélopée de paroles confuses, une cascade de syllabes ouatées dont le sens se brisait aux invisibles cloisons de l'air.

Parfois le buste de la jeune femme oscillait, son profil sombrait dans le noir. Un meurtrier arrêt tranchait l'entretien. M. Raindal, les mains collées à son fauteuil, contemplait avec un recul de souffrance la robe pâle sans tête, le corps décapité de sa petite élève. Pourquoi se penchait-elle tant? A quel mystère inclinait-elle le chuchotement de sa bouche rieuse?

Et soudain une grande ombre fila derrière Mme Chambannes, la silhouette de Gérald, sa rose, sa moustache brune. Des pas agiles descendirent les marches du perron. Les cailloux grincèrent dans le jardin. Maintenant, d'en bas, une voix contenue monologuait par intervalles. Mme Chambannes, la tête fixe, paraissait l'écouter; et son index, devant le visage, opposait des gestes de refus.

M. Raindal, oubliant toute prudence, avait complètement écarquillé les yeux. Une brusque volte-face de Zozé les lui fit refermer juste à temps. Que se passait-il donc? Elle pénétrait dans le salon, y cherchait un objet,—une mantille, présuma M. Raindal, au froissement de la soie, des dentelles,—resortait sur la pointe des pieds, se retournait un instant à la hauteur du seuil... Puis ses talons sonnaient contre les degrés du perron. Le sable de l'allée recraquait sous des pas.

—C'est un peu fort! murmura le maître qui se levait en s'étirant.