Le Galicien enlevait son chapeau, et, plus bas, à mi-voix:

—Oui, c'est moi, monsieur Pums... On veut m'empêcher de vous voir... Et cela presse... Comme je le disais à cet huissier grossier, il s'agit de la vie d'un homme...

—Mais c'est qu'en ce moment, protestait le sous-directeur.

—Pour la vie d'un homme, monsieur Pums, il n'y a pas de moment! Croyez-moi... Laissez-moi vous voir... Un jour, vous m'en remercierez!...

—Soit! fit Pums qui adressait aux remisiers un sourire d'excuse et de connivence.

Schleifmann suivait le banquier. La porte se referma.

Pums s'était installé devant son bureau de palissandre; Schleifmann, vis-à-vis de lui, tournait le dos à la porte d'entrée.

—Je serai bref, monsieur Pums! fit-il en posant son chapeau sur la table... D'un mot, je vous le répète, il s'agit de la vie d'un homme... Et cet homme, je ne vous cacherai pas son nom plus longtemps: c'est mon meilleur ami, M. Cyprien Raindal, le frère de M. Raindal de l'Institut... Sa situation, je n'ai pas à vous l'apprendre... S'il ne paie pas, il saute... Et j'ajoute: s'il saute, il se tue... Je viens vous demander de le faire reporter...

—Ce serait avec plaisir, monsieur Schleifmann, que je... murmura en allemand Pums qui préférait cette langue pour les transactions délicates.

—Permettez! riposta Schleifmann en allemand, de même, par une préférence analogue... Permettez... je n'ai pas fini... Vous me demanderez quel intérêt vous avez à sauver mon ami Cyprien, à le faire reporter... Cet intérêt, je vais vous le dire... C'est un intérêt sacré, c'est l'intérêt de votre race, c'est l'intérêt des vôtres, de vos enfants, de vos petits-enfants, de vos arrière-petits-enfants...