—Pas de sottises, Raindal!... Soyons sérieux, mon garçon... Votre frère n'est pas votre frère pour un chien!... Il vous en tirera, diable, il arrangera l'affaire!...
—S'il l'arrange comme vous, soit dit sans reproches, Schleifmann, je plains mes créanciers!... riposta avec flegme M. Raindal cadet.
Jusqu'à la rue d'Assas, il ne desserra plus les lèvres. Mais tandis que devant la porte Schleifmann payait le cocher, il éprouva une brusque sensation de faiblesse.
—Schleifmann! appelait-il.
—J'arrive! fit le Galicien.
Un choc mat retentit. Un sombrero marron roula dans le ruisseau. M. Raindal cadet s'était affaissé, replié en deux sur le trottoir, tous les nerfs détendus, les membres flasques, paquet de chair inerte, la figure d'une pâleur crayeuse.
Près du lit où l'on avait couché l'oncle Cyprien, toujours inanimé, Schleifmann écrivait fébrilement sur un guéridon.
—Voici, dit-il à la concierge qui finissait de ranger les vêtements du malade... En allant chez le pharmacien, vous déposerez au télégraphe cette dépêche pour M. Eusèbe, le frère de M. Raindal...
—M. Eusèbe Raindal! se récriait la concierge... Mais il est à Paris, monsieur!... Il est passé ce matin, comme M. Cyprien sortait, et il m'a dit de prévenir son frère qu'il serait chez lui l'après-midi...