—Ah bah! fit Schleifmann étonné... Alors pas de télégramme... Allez tout droit rue Notre-Dame-des-Champs. Hô! pourtant ne l'effrayez pas, cet homme... Dites-lui que son frère est souffrant...
—Oui, oui, que monsieur soit tranquille... Je lui annoncerai ça comme il faut.
M. Raindal cependant était balbutiant d'émoi, quand, une demi-heure plus tard, il parut dans la chambre.
—Quoi?... Quoi?... questionnait-il, oubliant de saluer Schleifmann... Cyprien est malade?... Gravement?...
—Vous voyez, monsieur, répliqua le Galicien... Une attaque!... Il est tombé raide dans la rue... Mon médecin, le docteur Chesnard, vient de venir et pense une embolie. Il repassera ce soir. Cyprien avait joué sur les mines et perdu des sommes fantastiques...
Il continua de fournir les détails. Le maître l'interrompait d'exclamations navrées:
—Est-ce possible!... Si j'avais su... Oh! le malheureux!... Le malheureux!... Pourquoi s'est-il caché de moi?
Puis, le récit terminé, il y eut quelques minutes d'embarras mutuel. A aucune époque, l'un et l'autre n'avaient ressenti d'affinité. Schleifmann tenait M. Raindal pour un esprit étroit, timoré, racorni par l'érudition, et sans nier le mérite de ses ouvrages, il lui reprochait de s'abstraire des grandes questions contemporaines. M. Raindal, par contre, en avait, de tout temps, voulu à Schleifmann qu'il accusait de surexciter les instincts subversifs de son frère. Et maintenant, dans l'obligation de s'accorder pour une tâche pieuse, ils eussent aimé détruire ces antiques griefs que leur loyauté rougissait de taire. M. Raindal, le premier, s'enhardit à mentir; et, du ton le plus cordial:
—Monsieur Schleifmann! dit-il... Les circonstances ont fait que nous ne nous sommes pas liés d'amitié... Mais je connaissais votre affection pour mon pauvre Cyprien, je connaissais la variété de votre culture, la sûreté de votre caractère, et soyez persuadé que je professais pour vous la plus sérieuse estime...
Le Galicien riposta par des louanges sagaces sur les livres de M. Raindal.