—Hum!... Non, non! fit d'un ton contraint l'oncle Cyprien... Pas du tout, nous causions... Et tu comprends, on se monte, on s'échauffe...

Thérèse le considéra, avec une moue railleuse:

—Oui, oui, mon oncle, tu te montes, tu t'échauffes... Je l'ai bien entendu de ma chambre...

Et, se tournant vers M. Raindal:

—Allons, père, il est onze heures... Maman est prête... Va passer ton habit...

Demeurée seule avec l'oncle, elle se rapprocha de la cheminée, pour rétablir, devant la glace, sa coiffure que les fleurs avaient écrasée par endroits. C'étaient des œillets blancs, qu'elle portait en mémoire d'Albârt. Leur blancheur touffue égayait sa physionomie; et dans l'encadrement de mousseline rose que lui faisait le corsage, sa poitrine, par reflet, semblait d'un grain moins jaune, plus délicat.

Elle se sourit ingénument. Elle était surprise de se trouver ainsi, gracieuse, séduisante, presque jolie. Et de fait, elle avait cet immatériel chatoiement de beauté que projette d'abord sur les femmes la splendeur insolite des toilettes de gala. Charme éphémère, léger comme une teinte de pastel, qui s'efface, s'évapore dans la chaleur et les rivalités du bal. Mais, au logis, il rassure les plus laides. Un instant, dans la solitude du chez soi, devant son miroir, on se trouve belle, assez belle, trop belle—et l'on ose partir, on part.

—Alors, mon neveu? interrogea l'oncle Cyprien qui observait d'un regard amical ces petits manèges de coquetterie... Alors, comme cela, nous allons nous amuser dans le monde où l'on s'amuse?...

—Prodigieusement, mon oncle! fit Thérèse avec un soupir. Et il faut s'amuser ici-bas... Il y aura toujours des gens qui s'amuseront. Il y aura toujours une société dépravée, frivole... S'ils ne s'amusaient pas de l'autre côté de l'eau, ils s'amuseraient par ici, voilà tout... C'est la loi. Tu n'y peux rien...

L'oncle Cyprien rebroussa de la main les crins de sa tête rase, qui crépitaient un à un sous ses doigts.