«Pour sa femme, elle fut retenuë dans les prisons du Chastelet, parce qu’elle estoit grosse, et l’on disoit publiquement qu’on n’attendoit qu’après ses couches pour la faire décapiter; mais elle évita la honte du supplice par la mort naturelle, qui l’emporta avec son enfant.»
Le 15 septembre 1413, le corps de Colinet de Pisex fut enlevé du gibet, ainsi que ses membres des Portes de Paris où ils étaient exposés.
«Et néanmoins il estoit mieulx digne d’estre ars ou baillé aux chiens que d’estre mis en terre benoistre, sauf la chrétienté; mais ainsi faisoient à leur volonté les faulx bandez.»—Inutile de dire que Labarre, dont nous citons les paroles, était tout dévoué à la maison de Bourgogne[101].
Je lis dans Monstrelet (1412): «Et entre temps ladicte duchesse de Bourbon impétra devers le Roy les Ducs d’Acquitaine et de Bourgongne, que le corps de Binet d’Espineuse, jadis Chevalier du Duc de Bourbon son seigneur et mary, fust osté de Montfaucon, et le chef des Halles, où il avoit esté mis paravant par justice du Roy: si le feit porter par plusieurs de ses amis en la ville d’Espineuse, en la comté de Clermont, où il fut mis en terre dedans l’Eglise assez honorablement».
A la page 141 je lis qu’en 1411 on exécuta aux Halles un vaillant chevalier, nommé messire Pierre de Faméchon «lequel estoit de l’hostel et famille du duc de Bourbon, et fut sa teste mise sur une lance comme les autres. Pour la mort duquel ledit duc de Bourbon fut très-fort troublé et courroucé, et par espécial quand il sceut qu’il avoit esté exécuté et mis honteusement à mort.»
Ce Binet d’Epineuse et le chevalier de Faméchon n’étaient peut-être qu’une seule et même personne[102].
Il y avait à la tête des Cabochiens un Chevalier nommé Hélion de Jacqueville qui avait su se rendre très-redoutable et surtout très-populaire. Un jour il alla au Châtelet avec quelques-uns de sa faction pour y voir Messire Jacques de la Rivière et Petit-Mesnil, qui y étaient détenus, et là les interpella vivement sur certains faits. La Rivière, n’ignorant pas qu’il avait tout à redouter de la colère de cet homme, lui répondit le plus gracieusement possible; mais Jacqueville l’ayant appelé faux, traître et déloyal, il s’écria qu’il en avait menti et qu’il le combattrait, avec la permission du Roy, bien entendu. Jacqueville simplifia la situation: «Et lors ledit Jacqueville, qui avoit une hachette en son poing, la haulsa et frappa tellement ledict de la Rivière sur la teste qu’il le tua. Les aucuns disent que ce feut d’un pot d’estain[103].»
Le 18 juin 1413[104], «jour de Saint-Landry, vigille de la Pentecoste», on traîna jusqu’aux Halles le cadavre de Jacques de la Rivière, ainsi qu’un nommé Symonet Petit-Mesnil (ou Petitmeny, Petit-Maisnel, Jean du Mesnil), «gentilhomme fort bien fait et de bonne mine, Escuyer tranchant du duc de Guyenne. Et celuy-cy fit grande pitié dans toutes les ruës où il passa, par les larmes qu’il versoit et par tous les signes qu’il donna d’une parfaite dévotion et d’une contrition extrême.»
Ce malheureux, une croix à la main, était assis dans la charrette à côté du cadavre de la Rivière. Arrivé aux Halles, on décapita le mort et le vivant, leurs têtes furent fichées à deux fers de lances, et les corps, pendus par les aisselles, allèrent se balancer à Montfaucon, attestant que c’étaient bien les bouchers qui régnaient à Paris.
«Le jeudy d’icelle sepmaine de Penthecoste, semblablement Thomelin de Brie[105], qui n’aguères avoit esté page du Roy, fut mis hors du Chastellet avec deux autres et mené ès Halles, et là furent décollez, et les testes mises sur trois lances, et les corps penduz par les esselles au gibet de Montfaucon: et se faisoient toutes ces besongnes à l’instance et pourchas des Parisiens[106].»