«J. Thomas, chevecier[38]

Pierre Remy, seigneur de Montigny et successeur de Gérard de la Guette, fut accusé de concussion et condamné par arrêt du Parlement du 25 avril 1328 à être pendu;—ce qui fut exécuté à Montfaucon le 25 mai suivant. On le conduisait d’abord au petit gibet de Montigny, lorsqu’il avoua beaucoup de crimes dont on ne le soupçonnait même pas: Unde et propter hanc confessionem ad caudam quadrigæ quæ eum ad patibulum portaverat applicatus, statim de parvo patibulo usque ad magnum patibulum, quod ipse novum fieri fecerat, modumque faciendi et ordinem cum magna, ut dicitur, diligentia operariis tradiderat, trahitur, et primus ibidem suspenditur. En effet, depuis les quelques réparations qu’il avait fait faire à Montfaucon, personne n’y avait été supplicié: comme maître du logis, dit Mézeray, il eut l’honneur d’être mis au haut bout, au-dessus de tous les autres voleurs.

La justice du Parlement avait, cette fois, été devancée par la justice populaire, car, depuis les réparations faites aux fourches de Montfaucon, on lisait sur le principal pilier ces deux vers:

En ce gibet, ici emmy,
Sera pendu Pierre Remy[39].

Macé des Maches (ou Massé de Machy), trésorier-changeur, fut pendu en 1331[40].

René (ou Rémond) de Siran, maître des monnaies, accusé d’abus de confiance, se suicida dans sa prison, mais n’en fut pas moins transporté et pendu à Montfaucon en 1333[41].

Hugues de Cuisy, ancien Prévôt de Paris et président au Parlement, atteint et convaincu de prévarication, fut pendu le 21 juillet 1336[42].

Adam de Hourdaine (ou Claude de Hourdery), conseiller au Parlement, fut pendu le 3 juillet 1348, pour avoir falsifié des dépositions de témoins[43].

En 1386, la femme d’un nommé Jean de Carrouges accusa un certain Jacques Legris, gentilhomme normand, d’avoir abusé d’elle par violence. Or, voici dans quelles circonstances ce crime aurait été accompli: profitant de l’absence de Jean de Carrouges, Jacques Legris vint dîner chez la femme de son ami, et, la nuit venue, comme cette dame le conduisait à la chambre qui lui était destinée, il se précipita sur cette malheureuse femme et en abusa. C’est ainsi que le raconte Le Laboureur. D’autres disent que, profitant du sommeil de la dame, Legris se serait introduit dans le lit conjugal et aurait été parfaitement reconnu par elle. Toujours est-il que, lorsque le mari, Jean de Carrouges, revint de voyage, sa femme s’écria: Un étranger a souillé vostre couche, et ce Jacques Legris, ce bon amy de tant années, vous doit être le plus méprisable des hommes. Legris nia le fait; cependant, sur les affirmations de cette femme, et devant un manque absolu de preuves, on eut recours au jugement de Dieu, et Carrouges et Legris, en présence du roi Charles VI et devant une foule immense[44], se battirent en combat singulier auprès des murs de Saint-Martin-des-Champs[45]. La victoire fut longtemps indécise, «finalement Jacques Legris cheut. Et lors Carrouget monta sur luy, l’espée traite, en luy requerant qu’il luy dist vérité. Et il respondit que, sur Dieu et sur le péril de la damnation de son âme, il n’avoit oncques commis le cas dont on le chargeoit. Et pourtant Carrouget, qui croyoit sa femme, lui bouta l’espée au corps par dessous et le fit mourir.»

«Il passa pour convaincu par le succez du duel, et son corps fut traisné au gibet (le 29 décembre 1386) selon la coustume de pareils événemens»[46].