Les paysans défilaient
salis par la suie de la nuit
dans le lourd char grinçant
du Temps,
attelant les boeufs à l'essieu du monde.
Visages ciselés dans la tristesse de pierre
au sommeil étendu entre les gênes
et les rêves brisés dans la tête,
ils passaient comme de longues cataractes
qui tombent sans trêve
et ne rencontrent plus la terre.
Ils passaient dans les sabots souillés
de la pauvreté,
sur les chemins cariés de boue,
à l'ombre des peupliers qui avaient bu le ciel,
sous la fournaise qui avait signé en noir
sur leurs lèvres rassasiées de faim.
Ils passaient, leurs pantalons tachés de déprime
et leur blouse pleurée par la sueur
laissant des glèbes dans la révolte de charrue.
Entre les blessures sacrées,
des vents réunis en conversation
déchaînaient des flûtes emplies de doïnas
Les paysans défilaient
dans le lourd char grinçant
de l'Histoire,
tirant derrière eux l'essieu du monde.


LA FOURNAISE SE RÉVÈLE
TOUTE NUE

Les âges de l'eau
mis en cercles
vers l'infini....
L'accordéon
de la mer
respire exténué.
Sur un coussin d'air
un albatros.
La fournaise se révèle
toute nue.
Dans les parcs en attente
des bancs.
Torpide sous la coupole céleste
le soleil a gelé.
Et regarde fixement.
La fournaise se révèle —
nue.


SOUS SES AILES L'AIGLE IMPÉRIAL
ÉTREINT LA NUE

Dans l'air ludique
une noce évanescente
de hérons.
Le zéphyr nous emporte doucement
sur des cornes acérées.
Un cerf
— se mourant de jeunesse —
agite son enfance
entre les herbes légères.
Sous ses ailes l'aigle impérial
étreint la nue —
plumage déployé.