—M. Coussergues n'est pas mon intendant. C'est un ancien officier qui fut l'ami de mon père et qui est resté le mien.
—Il connaît M. de Ganges, mais il ne sait pas qu'on m'a pris pour lui. Donc pour le présent, vous n'avez pas à craindre que l'erreur soit découverte.
—Elle le sera forcément quand mon mari reviendra.
C'était le cas ou jamais de répondre: il ne reviendra jamais. Paul ne le fit pas. Avant d'en venir là, il voulait voir un peu plus clair dans les sentiments intimes de la marquise et il lui dit:
—Oserai-je vous demander ce que vous ferez quand reparaîtra M. de
Ganges?
—Je n'en sais rien encore, murmura madame de Ganges. Je crois bien que je lui dirai la vérité. Le mensonge me répugne. Et du reste, je n'ai à me reprocher qu'une légèreté que mon mari excusera quand je lui aurai dit le motif qui m'a poussée à la commettre.
—C'est son affaire, répliqua peu poliment Paul, piqué d'entendre cette marquise parler de ses relations avec lui comme d'une aventure sans conséquence. Mais vos amies et vos amis… la baronne Dozulé… le vicomte de Servon… et les autres… comment leur expliquerez-vous que vous n'avez pas protesté contre l'erreur de ce valet qui m'a annoncé devant dix personnes sous le nom de M. de Ganges?
—Je n'aurai rien à expliquer, car aussitôt que mon mari sera de retour, je quitterai avec lui Paris et la France.
—Mais vous y reviendrez.
—Je ne crois pas.