—Quoi! vous expatrier pour toujours!
—Vous y aurez contribué, en me plaçant dans une situation insoutenable.
—J'ai eu tort, je l'avoue… mais vous, madame, n'avez-vous donc rien à vous reprocher? Je ne vous connaissais pas quand je vous ai vue au Luxembourg et vous me rendrez cette justice que je ne me suis pas permis de vous aborder… c'est vous qui…
—Brisons là! monsieur, interrompit sèchement la marquise. Je regrette beaucoup ce que j'ai fait… Si vous saviez ce qui m'a déterminée à agir ainsi, vous excuseriez mon imprudence… et ce n'est pas à vous de me la reprocher. J'en supporterai les conséquences et je vous prie de ne plus vous occuper de moi.
—Ainsi, vous me défendez de vous revoir?
—Vous revoir! Je le voudrais que je ne le pourrais pas, vous devez le comprendre. Et si, comme je le crois, vous êtes un galant homme, vous ne chercherez pas à prolonger une fiction qui finirait par me compromettre gravement, et que la très prochaine arrivée de M. de Ganges va percer à jour. Je vous pardonne d'avoir cru que je n'y mettrais pas fin. Vous pensiez sans doute que j'étais libre. Vous savez maintenant que je ne le suis pas, puisque je suis mariée.
—Vous vous trompez, madame, répliqua Paul Cormier, vous êtes veuve.
Paul, emporté par un élan de passion, avait parlé trop vite et il se repentait d'avoir lancé cette grosse nouvelle qu'il comptait réserver pour le moment où il aurait suffisamment préparé madame de Ganges à la recevoir.
Il n'avait pas pris le temps de se préparer à l'expliquer et à tirer parti de l'effet qu'elle allait produire.
Il venait de mettre, comme on dit, les pieds dans le plat.