—Ils me croiraient encore moins.
—Mais rien ne vous oblige à les voir, vous n'avez qu'à reprendre la vie que vous avez toujours menée. Pour eux, le quartier que vous habitez est aussi loin que la Chine. Vous y avez rencontré M. de Servon par un de ces hasards qui n'arrivent pas deux fois.
—J'avais bien compris… vous ne voulez plus me connaître… je vous gêne, murmura Paul Cormier.
—Je n'ai pas dit cela, répliqua vivement la marquise.
—Vrai?… vous ne me chassez pas? merci!… oh! merci!… alors, il n'y a qu'un moyen… un seul… c'est de rester comme nous sommes.
—Je ne comprends pas.
—Pourquoi ne continuerais-je pas à passer pour votre mari? demanda Paul, emporté par son ardeur amoureuse, au point de ne pas s'apercevoir de l'énormité de la proposition qu'il osait faire à la marquise.
—D'abord, parce que c'est impossible. A la rigueur, mes amis pourraient s'y laisser prendre; mais les vôtres?… mais votre mère?… car vous avez encore votre mère, vous me l'avez dit… Comment leur persuaderez-vous que vous n'êtes plus vous-même?… Cesserez-vous de les voir?…
—Non… Mais je les verrai moins souvent… Je ne dîne chez ma mère qu'une fois par semaine… le dimanche… elle ne vient presque jamais chez moi… et elle ne me demande pas de lui rendre compte de ce que je fais.
—Encore votre mère, reprit la marquise, serait-elle bien étonnée et probablement très affligée si elle venait à apprendre que son fils va dans le monde sous un faux nom et porte un titre qui ne lui appartient pas. J'admets qu'elle n'en saura rien, mais M. de Mirande, votre ami intime, comment pourrait-il ignorer que vous vivez en partie double?… Étudiant sur la rive gauche et marquis sur la rive droite…