Mirande était plus exposé que lui puisqu'il avait tué de sa main le marquis de Ganges. Paul n'avait donc pas le droit de prendre un parti sans l'approbation préalable de son ami, lequel, à l'heure qu'il était, devait dormir encore.

Paul projetait de se transporter chez lui, après avoir recueilli l'opinion du père Bardin et de décider d'un commun accord avec Jean ce qu'il convenait de faire dans le cas épineux où ils s'étaient mis.

Les trois autres étudiants ne comptaient pas: des gamins qui avaient assisté à la rencontre, par hasard, et auxquels on ne pouvait reprocher que d'avoir agi comme des étourneaux.

Le projet était sage, mais entre la conception et l'exécution, il y a toujours, place pour des incidents imprévus.

En descendant de voiture, rue Saint-Claude, Paul se trouva nez à nez avec l'avocat qui trottinait, à pas pressés, et qui lui dit:

—Comment! c'est encore toi!… dans mon quartier à l'heure de ton cours de droit administratif!… et puis, tu ne vas donc plus qu'en carrosse maintenant?…

—J'allais chez vous… pour vous parler d'une affaire… balbutia Paul, assez contrarié.

—Tu m'en parleras une autre fois… aujourd'hui, je n'ai pas de temps à perdre et je ne vais pas remonter mes trois étages pour t'entendre…

—C'est que… je ne puis pas remettre à un autre jour…

—Je n'imagine pas ce que tu peux avoir à me dire de si urgent, mais puisque tu tiens tant à causer avec moi, tu n'as qu'à m'accompagner; nous causerons en marchant.