Cet étudiant était-il l'amant de madame de Ganges?… Tout semblait l'indiquer.

M. de Servon l'avait vu arriver avec elle chez la baronne Dozulé, il l'avait entendu annoncer sous le nom du marquis et elle s'était prêtée à cette supercherie, puisqu'elle n'avait pas réclamé.

Fallait-il donc supposer qu'elle espérait le faire passer indéfiniment pour son véritable mari, à peu près inconnu à Paris?

Cela pouvait être—certaines femmes ont toutes les audaces—mais alors il fallait supposer aussi qu'elle savait que le vrai marquis ne reparaîtrait jamais.

Et de là à conclure qu'elle l'avait fait tuer par son amant, il n'y avait qu'un pas.

Le vicomte hésitait à la tirer, cette terrible conclusion. Ni madame de
Ganges, ni Paul Cormier ne lui représentaient un de ces couples
adultères qui cherchent le bonheur dans le crime et qui l'y trouvent.
Ceux-là sont rares et ils s'y prennent plus adroitement.

Ils n'agissent pas comme des enfants, ils ne se mettent pas à la merci d'un hasard, ils ne s'exposent pas à être rencontrés par un ami, ou même par une simple connaissance du mari supprimé.

Et puis, cet amant et cette maîtresse n'avaient pas du tout l'air de criminels. La marquise était douce et gaie; Paul Cormier, moins expansif, avait une physionomie ouverte qui inspirait la sympathie.

Servon le trouvait à son gré et il aurait eu quelque remords de le tromper avec sa femme, au temps où il le croyait marié.

Il était donc très porté à croire que ce garçon n'avait pas le moindre assassinat sur la conscience, mais après le voyage à la Morgue, il ne pouvait absolument pas en rester là.