Il ne voulait pas se mêler de leurs affaires, mais il voulait connaître la vérité.
A qui s'adresser pour la connaître?
Il regrettait déjà d'avoir congédié Brunachon qui en savait probablement plus long qu'il n'en avait dit. Il était un peu tard pour courir après lui et d'ailleurs il y aurait regardé à deux fois avant d'interroger sur la marquise un pareil drôle.
L'interroger elle-même, en abordant carrément la question délicate, c'eût été plus loyal et plus digne. Mais le difficile, c'était d'arriver jusqu'à elle. Madame de Ganges avait refusé la veille de recevoir une lettre du vicomte de Servon; à plus forte raison refuserait-elle de recevoir le vicomte lui-même.
A force de se creuser la tête, il finit par en faire jaillir une idée. Il lui vint à l'esprit que le moyen le plus simple et le plus honnête de se renseigner, c'était de demander à Paul Cormier de lui apprendre tout ce qu'il pouvait lui apprendre sans compromettre madame de Ganges; de le lui demander poliment, doucement, après lui avoir exposé l'embarras où il était, depuis que le nommé Brunachon lui avait montré le cadavre du marquis, et en lui proposant de le servir, s'il pouvait lui être utile en cette grave circonstance.
Paul Cormier, si le vicomte l'avait bien jugé, ne repousserait pas ces ouvertures courtoises. Peut-être même, les accueillerait-il avec un certain plaisir.
Il devait être embarrassé de sa situation, ce brave étudiant, et très désireux d'en sortir.
M. de Servon, en le prenant par la douceur, obtiendrait de lui bien des choses: un aveu d'abord qui ne serait pas par trop pénible, car un jeune homme peut bien jouer, dans une comédie mondaine et passagère, un rôle imposé par une femme qui lui plaît. Une fois entré dans cette voie, Paul Cormier pourrait bien en venir à se fier à un homme plus expérimenté que ne pouvait l'être un étudiant et à lui demander des conseils, sauf à ne pas les suivre.
Et si l'entrevue tournait à la conciliation, Servon se sentait très capable de lui en donner d'excellents, voire même de désintéressés.
Servon n'était pas irréprochable, il se permettait une foule de licences de conduite, mais, en dépit de la vie à outrance qu'il menait, Servon avait gardé les sentiments d'un gentilhomme et il était incapable d'abuser de la confiance d'un rival.