—Je ne le serais pas plus que vous, dit Paul en secouant la tête.
Il ne regrettait guère qu'on n'annonçât pas à la marquise un événement qu'elle connaissait déjà depuis vingt-quatre heures.
—Vous pouvez du moins lui écrire… si vous ne le faisiez pas, je le ferais, car il y a urgence.
—Pourquoi? Les mauvaises nouvelles arrivent toujours assez tôt, murmura Paul qui ne disait pas le véritable motif de la tiédeur qu'il mettait à entrer dans les vues de M. de Servon.
—Bon! s'il ne s'agissait que d'une mauvaise nouvelle que madame de
Ganges connaîtra tôt ou tard. Mais un danger la menace.
—Quel danger? demanda l'étudiant.
—Je ne vous ai pas dit par qui le corps du marquis vient d'être reconnu.
—Par un de vos amis, je crois.
—Non pas. Aucun de mes amis ne connaissait M. de Ganges quand il vivait. L'homme dont je vous ai parlé est un mauvais drôle qui a fait toutes sortes de vilains métiers et qui a beaucoup vu le marquis à Monaco où il jouait encore tout récemment. Vous allez me demander comment j'ai connu, moi, un individu de cette espèce. C'est bien simple. Il a été jadis garçon dans un cercle où j'allais quelquefois. Je l'ai rencontré un instant après vous avoir quitté, il m'a abordé pour me demander un secours que je ne lui ai pas refusé et, sans doute pour me remercier, il m'a appris qu'il venait de voir à la Morgue le corps du marquis. Comment sait-il que je connais la marquise?… je l'ignore, mais il le sait. Comme je n'avais pas l'air de croire beaucoup à la nouvelle qu'il m'apprenait, il m'a proposé d'y aller voir… et par curiosité, j'y suis allé… pas dans la même voiture que lui, je vous prie de le croire… et il m'a montré sur les dalles de la Morgue… un cadavre. Il m'a affirmé que c'était celui du marquis et je ne doute pas que ce soit vrai. Je ne vois pas ce qu'il gagnerait à mentir, tandis que je vois très bien ce qu'il gagnera à exploiter le secret qu'il a découvert.
—L'exploiter!… comment?