—En faisant chanter madame de Ganges. En la menaçant, par exemple, de la dénoncer comme ayant fait assassiner son mari.
Paul Cormier fit le mouvement d'un homme qui voit tout à coup s'ouvrir à ses pieds un précipice sans fond.
Il avait bien eu déjà de vagues inquiétudes. Il s'était demandé si on ne le soupçonnerait pas d'avoir trempé dans un complot organisé pour supprimer un mari gênant. Mais ce malheur était si peu probable qu'il ne s'en était pas beaucoup préoccupé.
Et voilà que ces craintes prenaient un corps, il existait un misérable qui se préparait à menacer madame de Ganges, en lui proposant de lui vendre très cher son silence, comme un autre coquin avait essayé, la veille, de l'intimider, lui, Paul Cormier, simple témoin du duel où le marquis était resté sur le carreau.
Il y avait de quoi s'effrayer… et se renseigner afin de se préparer à se défendre.
—Vous venez de m'apprendre d'où sort ce venimeux gredin, dit-il, et je vous en remercie… mais je voudrais bien savoir son nom…
—Il s'appelle Brunachon, répondit sans hésiter, le vicomte.
Brunachon, c'était le chenapan qui, dans le cabinet du juge d'instruction, avait désigné Paul Cormier comme ayant pris part au meurtre commis sur le boulevard Jourdan.
Et ce même coquin avait découvert que Paul Cormier était en relations avec madame de Ganges, Paul Cormier qui avait refusé de donner dix mille francs pour obliger le drôle à se taire.
C'était un comble: le comble du malheur, ou plutôt de la déveine, car il aurait fallu que la justice eût sur les yeux trois bandeaux, au lieu d'un, pour qu'elle en vînt à condamner des innocents, mais c'était beaucoup trop qu'elle les soupçonnât..