Un fait revint tout à coup à la mémoire de Paul. Il se rappela que, dans le jardin de l'hôtel de madame de Ganges, il s'était croisé avec une jeune femme merveilleusement belle.

«Une de mes amies», avait dit la marquise; et cette amie avait bien l'air d'être là chez elle.

Etait-ce l'orpheline aux six millions? Tout semblait l'indiquer.

Et, si c'était elle, Lestrigou n'aurait pas de peine à la trouver. Madame de Ganges pourrait la lui montrer séance tenante, si elle consentait à le recevoir.

Paul comptait voir le lendemain la marquise; et Mirande, en le quittant, avait annoncé l'intention de se présenter, lui aussi, le lendemain, à l'hôtel de l'avenue Montaigne.

—Il faut absolument que je m'entende avec lui, ce soir, se dit Cormier. Après son dîner, il a dû rentrer. Je suis à peu près certain de le trouver… et s'il était sorti, je chargerais son portier de le prévenir que je reviendrai demain matin à la première heure, comme nous en étions convenus.

Le boulevard Saint-Germain n'est pas aussi loin qu'on pourrait le croire de la rue des Arquebusiers, et en coupant au plus court, Cormier, qui marchait vite, ne mit pas beaucoup de temps pour y arriver.

Les passants y sont rares, passé une certaine heure, et les boutiques éclairées n'y abondent pas.

En traversant la chaussée déserte, Cormier aperçut, devant la maison où demeurait son ami, un homme qui se promenait lentement, allant et revenant sur ses pas, sans jamais s'éloigner de la porte.

En d'autres temps, Paul Cormier n'aurait fait aucune attention à cet homme qui pouvait bien être un simple flâneur; mais depuis qu'il avait eu affaire à la justice, il était sur ses gardes et il se défiait de tout.