Ce gredin qui s'était mis à ses trousses après le duel et qui l'avait dénoncé au juge d'instruction continuait peut-être à l'espionner.
Paul ralentit le pas, obliqua un peu à droite afin de ne pas aborder le trottoir devant la porte de la maison de Mirande, et observa, chemin faisant, l'individu qui lui paraissait suspect.
Il n'eut qu'à l'examiner de loin avec beaucoup d'attention pour se convaincre qu'il ne ressemblait pas du tout à l'affreux Brunachon.
Celui-ci était beaucoup plus grand et accoutré d'une tout autre façon: longue redingote boutonnée, chapeau haute forme à larges bords, enfoncé jusqu'aux yeux.
Il avait l'air d'un sergent de ville en bourgeois.
Dès qu'il aperçut Cormier, il démasqua la porte devant laquelle il avait l'air de monter la garde, et sans se presser, il s'éloigna.
Cormier ne s'amusa point à le suivre. Il n'y aurait rien gagné, même en supposant que ce personnage fût là en surveillance, et il n'avait aucune envie de se faire une affaire en allant regarder sous le nez un monsieur qui ne songeait pas à mal.
Que lui importait qu'on le vît entrer chez Mirande? On savait bien qu'il était son ami et même son complice, si on qualifiait de complicité le fait de lui avoir servi de témoin dans son duel.
Et il avait hâte de raconter à Mirande ce qu'il venait d'apprendre chez Bardin; de le consulter même, quoique ce batailleur ne fût pas précisément ce qu'on peut appeler un homme de bon conseil.
Paul n'avait qu'une peur: c'était de ne pas le trouver chez lui.