—Ma foi! je vais essayer… et comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, hier, je me propose de lui signaler les manœuvres de l'homme qui vous a dénoncé et qui pourrait la calomnier, si on n'y met ordre.

—C'est ce que j'aurais fait si je l'avais vue… mais vous êtes mieux à même que moi d'agir contre ce misérable, puisque vous connaissez tous ses antécédents.

M. de Servon avait cette finesse que donne la pratique du monde et des hommes. Il remarqua très bien que l'étudiant paraissait ne plus s'intéresser autant à madame de Ganges, et pour savoir à quoi s'en tenir sur les sentiments qu'elle lui inspirait, il se mit à parler d'elle sur un ton plus dégagé que respectueux.

—C'est, en vérité, une étrange personne que cette marquise, dit-il en souriant. On lui pardonne tout, parce qu'elle est adorablement jolie, mais il faut convenir qu'elle a fait tout ce qu'il fallait pour se déclasser. Toute autre qu'elle y aurait réussi depuis longtemps; mais le monde a de ces indulgences pour les femmes qui savent se bien poser dès le début. Décidément, elle est très forte.

Paul aurait volontiers fait chorus avec M. de Servon, mais il lui déplut de l'entendre traiter si légèrement madame de Ganges et, de par son instinct d'amoureux mal guéri, il essaya de la défendre.

—J'ignorais qu'on médît d'elle dans les salons où on la reçoit, répliqua-t-il assez sèchement.

—Oh! pas dans ceux-là…, mais elle ne tient pas à Paris le rang auquel son nom et sa fortune lui permettraient de prétendre…

Et lorsqu'on saura comment son mari est mort, elle va se trouver dans une situation difficile. Mais nous sommes, vous et moi, disposés à la soutenir et tout s'arrangera, j'en suis persuadé.

Paul ne répondit pas. Il cherchait une transition pour prendre congé sans brusquerie de ce causeur malveillant.

—Elle est singulière en tout, reprit l'indiscret vicomte. Avez-vous remarqué, cher monsieur, qu'elle ne se dégante jamais?