—Non, balbutia Cormier, je l'ai si peu vue…
—Elle a encore une autre manie: celle de ne jamais permettre qu'on lui serre la main… pas même le bout des doigts.
Paul s'en était aperçu deux fois, mais il ne lui convenait pas de le dire et il prit un air étonné qui n'arrêta pas le cours des médisances du vicomte, car il ajouta:
—Il paraît qu'elle est affligée d'une infirmité bizarre. La peau de ses mains est glacée comme la peau d'un serpent. Quand elle était jeune fille, ses compagnes l'appelaient la Main-Froide. Si jamais elle faisait une exception en ma faveur, je me figure qu'en la touchant, j'éprouverais une impression désagréable.
Et comme Paul persistait à ne pas répondre, M. de Servon reprit gaiement:
—Je ne sais pourquoi je vous parle de cela, cher monsieur. Ce sont des bruits de salon qui ne valent pas qu'on les rapporte; et, qu'ils soient fondés ou non, madame de Ganges est charmante.
Et puis, il y a le dicton: main froide, chaudes amours… J'incline à croire qu'il s'applique très bien à la marquise… je voudrais qu'il me fût donné d'en faire l'expérience, mais je ne l'espère pas… et je vous quitte pour aller lui présenter mes hommages très platoniques… si elle veut bien ne pas me fermer sa porte.
Au revoir, et toutes mes excuses de vous avoir retenu si longtemps.
Cormier se garda de le retenir. Ce gentilhomme l'agaçait avec ses insinuations et son persifflage dont il n'apercevait pas le but.
Cormier voulait bien maudire madame de Ganges, mais il avait souffert impatiemment qu'un autre en dît du mal devant lui, et il ne pensa qu'à s'éloigner pour éviter de rencontrer de nouveau M. de Servon, quand il sortirait de l'hôtel de la marquise absente.