Pâle, mais résolue, madame de Ganges le regardait, sans baisser les yeux. Elle attendait qu'il parlât et ce fut Cormier qui dit à son ami:
—Madame te connaît. Il est inutile que je te présente.
—Parfaitement inutile, appuya Mirande. Je sais que j'ai l'honneur d'être le compatriote de madame qui s'appelait autrefois mademoiselle de Marsillargues… et je sais aussi qu'elle m'accuse d'avoir troublé sa vie… c'est à toi qu'elle l'a dit et c'est toi qui me l'as répété.
Et comme la marquise continuait à se taire, il reprit d'un ton moins assuré:
—Si ce reproche s'appliquait à un malheur récent que je déplore, je prierais madame de me pardonner… mais, si je ne me trompe, il s'agirait de torts graves que j'aurais eus autrefois…
—Il y a cinq ans, interrompit madame de Ganges.
—Envers vous, madame?… Je pensais vous avoir vue pour la première fois, dimanche dernier, à la place où vous êtes assise en ce moment.
—Vous avez donc oublié que vous êtes venu à Fabrègues?
—À Fabrègues! répéta Mirande en fronçant le sourcil.
—Oui… au village près duquel mon père avait un château.