—Non, madame; un homme qui vaudrait mieux que moi… ce ne serait pas difficile… et je l'aurais adopté, pour qu'il héritât de mon nom et de ma fortune… je cherchais à me persuader qu'il n'avait personne pour l'aimer… Je vois que je me suis trompé… c'était un rêve… je tâcherai de l'oublier.
—Vous y parviendrez… vous avez déjà oublié tant de choses!
—Pas tant que vous croyez… mais que voulez-vous!… il paraît que j'ai la bosse de la paternité et que je n'ai pas la bosse du mariage…
—En d'autres termes, vous avez de la sympathie pour cet enfant, et s'il était orphelin, vous seriez heureux de vous charger de lui…
—Vous devinez ma pensée… mais il a au moins une mère… et une mère qui ne consentirait pas à se séparer de lui.
—Oh! non, murmura madame de Ganges, en étreignant le petit Roch.
—Vous voyez bien que je n'ai plus qu'à essayer de me consoler. On ne lutte pas contre sa destinée. Il était écrit là-haut que je finirais seul… comme mon oncle, qui mène depuis des années la vie d'un vieux sanglier solitaire… C'est dans le sang des Mirande… personne ne les aime… eux, n'aiment pas souvent et quand ça leur arrive, ça ne leur réussit pas… ma foi! je me résigne.
—C'est dommage! vous aviez la vocation… il a suffi de quelques heures pour que vous vous attachiez à cet enfant que vous n'aviez jamais vu. Que serait-ce donc s'il était votre fils!
—S'il était mon fils, je le prendrais, quoi qu'on fît pour m'en empêcher; aucun sacrifice ne me coûterait…
—Même celui de votre liberté?