Il s'était acquitté d'un devoir en venant s'asseoir à la table maternelle, mais il méditait de filer après le dîner vers le quartier latin où Jean de Mirande était resté. Il était à peu près sûr de l'y trouver, au bal de la Closerie des Lilas ou à la brasserie de la Source, et il éprouvait le besoin de le revoir; non pas pour lui raconter son aventure—il avait juré à madame de Ganges de n'en rien dire à son ami—mais pour se retremper au contact de ce joyeux compagnon qui prenait si gaiement l'existence et qui jonglait avec les soucis.

Madame Cormier finit par s'apercevoir que son cher fils n'écoutait pas et Bardin, qui s'en était aperçu depuis longtemps, lui dit en clignant de l'œil:

—Je parie qu'il est amoureux.

Cette fois, Paul entendit et affecta de sourire en haussant les épaules.

—Oh! ne t'en défends pas! reprit le vieil avocat. Ça vaut mieux que d'aller au café.

—Oui, s'il était amoureux pour le bon motif, rectifia sagement la mère qui n'aspirait qu'à marier son garçon de bonne heure, pour le mettre à l'abri des dangers du célibat prolongé.

—C'est encore un peu tôt, dit Bardin. Et puis vous savez… pour faire un civet, il faut un lièvre… eh! bien, pour se marier, il faut une femme… j'entends une femme aussi bien dotée par ses parents que par la nature… et dame!… ces lièvres-là, ça ne court pas les champs… ni même les rues de Paris.

Paul continuait à jouer de la fourchette, sans lever les yeux. Sa mère, qui aurait voulu l'entendre manifester des velléités conjugales, dut se contenter de répondre à Bardin:

—Vous devriez lui trouver ça.

Et Bardin, qui ne restait jamais court, répliqua sans broncher: