—Autrefois, je n'aurais pas dit: non… du temps où je voyais tant de gens défiler dans mon cabinet. Maintenant je ne donne plus de consultations qu'à des amis. J'ai remercié ma clientèle… un peu à contre-cœur… j'y ai renoncé à cause de Charles… le père d'un magistrat ne doit pas recevoir d'honoraires du premier venu.
—Mais vous avez gardé d'excellentes relations avec vos anciens clients et, dans le nombre, il doit s'en trouver qui ont des filles à marier. Paul aura six cent mille francs après moi, et je lui en donnerai la moitié le jour de la signature du contrat.
—Avec ça et ses qualités physiques et morales, il ne tiendra qu'à lui d'épouser une héritière… car il est plein de qualités, ce mauvais garnement…
—Vous êtes bien bon, monsieur Bardin, murmura Paul, en souriant.
—Je te dis tes vérités, voilà tout. Le diable c'est que, pour le moment, je ne connais pas d'héritières…
—Oh! je ne suis pas pressé.
—Je te crois sans peine, mais ta mère l'est, pressée, et si je pouvais l'aider à te caser avantageusement, je m'y emploierais volontiers,…
Le bonhomme s'arrêta tout à coup, en se frappant le front:
—Mais où ai-je la tête? s'écria-t-il; décidément, je vieillis, car je perds la mémoire… à moins que ce ne soit le Xérès de ta maman qui m'obscurcisse les idées… verse m'en tout de même un dernier verre… là! c'est bien… maintenant, mon garçon, j'ai ton affaire… une jeune orpheline qui doit avoir tout au plus vingt et un ans et qui est l'unique héritière d'une fortune de six millions.
—C'est superbe! dit ironiquement Paul, et pour peu qu'avec cela elle soit jolie…