Cette cérémonie, assez inusitée au bal Bullier, se passait non loin de l'entrée de la salle couverte et tout près d'une espèce de tonnelle de feuillage où étaient attablés un monsieur et trois femmes qui, à en juger par leur tenue et leurs allures, devaient être des dévergondées de la pire espèce.

Le monsieur, au contraire, avait l'air d'un homme du monde, mais il était complètement ivre.

La table, couverte de bouteilles vides, attestait qu'il ne s'était pas grisé seulement de paroles et de bruit.

Au moment où M. de Servon venait de présenter le faux marquis, ce monsieur se leva, en montrant le poing au groupe des clubmen. Une de ses tristes invitées le força à se rasseoir en le tirant par le pan de sa redingote, mais il continua de gesticuler en criant:

—Qu'est-ce qu'il dit? Est-ce à moi qu'il en a?

Le présenteur et les présentés ne firent aucune attention à ce pochard qui, à la Closerie, n'était pas seul de son espèce. Ils échangèrent de brèves politesses avant de se séparer et le vicomte prit congé de Paul en lui disant:

—A l'honneur de vous revoir, monsieur le marquis.

Ces messieurs venaient de s'éloigner avec leurs deux recrues féminines, lorsque Jean de Mirande déboucha de la salle de bal, en nombreuse compagnie.

Tout tournait au gré des désirs de Paul qui ne craignait rien tant que de se trouver pris entre son vieil ami du quartier et ses nouveaux amis du club.

—Marquis! persistait à grommeler l'ivrogne; je vais t'en donner, moi, du marquis de Ganges!