Et pourtant, l'amoureux Paul ne pouvait pas s'empêcher de penser aux conséquences de cette mort qui ferait libre une femme malheureuse, touchante victime d'un mariage mal assorti avec un débauché, lequel se rendait justice en déclarant qu'il n'avait plus qu'à quitter ce monde où il n'avait fait que du mal.
S'il survivait à la rencontre, ses bonnes résolutions s'évanouiraient bien vite et Marcelle n'aurait plus qu'à se résigner, à souffrir encore, à souffrir toujours.
S'il y succombait, l'avenir était à elle et à Paul qui ne demandait qu'à l'aimer… qui l'aimait déjà.
—Il me reste, reprit M. de Ganges, à vous indiquer ce que vous aurez à faire pour remplir la mission que, je l'espère, vous voudrez bien accepter. Madame la marquise de Ganges habite avenue Montaigne, 22, un hôtel qui lui appartient. Vous vous y présenterez de ma part et elle vous recevra certainement. Je n'ai pas à vous dicter ce que vous lui direz pour lui annoncer la nouvelle de ma mort. Je suis sûr que vous y mettrez tous les ménagements possibles. Je me fie pour cela à votre tact. Le point essentiel, c'est que vous lui remettiez ce portefeuille. Elle y trouvera tout ce qu'il faut pour établir mon identité. Elle se chargera de faire le reste.
Le marquis l'avait tiré de sa poche et le tendait à Paul qui se défendit de le prendre, en disant:
—Il m'en coûte, monsieur, de vous refuser, mais vous me demandez là un service si délicat que j'hésiterais à le rendre à un ami intime.
—Et vous ne me connaissez pas du tout, je le sais, mais l'aventure où nous nous trouvons engrenés sort tellement de l'ordinaire, que vous pouvez bien faire une exception en ma faveur.
Prenez, je vous en prie. Je vois là-bas vos amis qui se sont arrêtés pour nous attendre et il est inutile qu'ils sachent que je vous ai chargé d'aller voir ma femme.
Si, comme j'y compte bien, je reviens sans accroc de cette promenade aux remparts, vous me rendrez mon portefeuille et tout sera dit.
Ce dernier argument décida Paul, qui, très à contrecœur, empocha l'objet.