Jean de Mirande et les trois étudiants qui lui faisaient cortège étaient arrivés au rond-point où était jadis la barrière Saint-Jacques, et où on a exécuté de 1832 à 1851 les condamnés à mort, qu'on guillotine maintenant sur la place de la Roquette.
Là s'arrêtaient les connaissances topographiques de Jean qui ne poussait guère ses excursions plus loin que l'Observatoire et il attendait Cormier pour lui demander le chemin du boulevard Jourdan, où se trouvait la place indiquée comme devant leur fournir un terrain excellent.
Paul dit qu'on n'avait qu'à prendre la rue de la Tombe-Issoire qui fait suite au faubourg Saint-Jacques et qui aboutit directement aux fortifications.
On la prit, en se rapprochant les uns des autres, sans cependant que les deux groupes se fondissent en un seul, mais assez pour faire cesser les apartés.
Le marquis, du reste, ne tenait plus à continuer la conversation avec
Paul. Il lui avait dit tout ce qu'il avait à lui dire et de son côté,
Paul aimait mieux réfléchir que de parler.
Mirande continuait à blaguer, à haute voix, sur tous les sujets qui lui passaient par la tête, mais ses compagnons lui donnaient peu la réplique.
Ces messieurs commençaient à regretter de s'être embarqués dans une affaire qui pouvait très mal finir.
A la chaude, après la dispute, et encouragés par l'attitude agressive de Mirande, champion des Écoles, ils avaient été tout feu, tout flammes, et s'il l'avaient pu, ils auraient pris pour champ-clos un des quinconces plantés devant la porte la Closerie.
La marche les avait calmés peu à peu, et maintenant ils pensaient moins à la gloriole d'être témoins dans un duel sérieux qu'aux suites menaçantes de ce duel improvisé.
Cela pouvait les mener devant la justice et les faire expulser, l'un de l'Ecole de médecine, et les deux autres de l'École de droit.