Ils n'osaient pas déserter en route, mais ils en avaient bonne envie, et Cormier, qui s'en aperçut, se promit d'utiliser sur le terrain leurs dispositions pacifiques, c'est-à-dire d'en profiter pour empêcher le combat ou tout au moins pour le renvoyer à une heure moins nocturne.
Et Paul avait quelque mérite à souhaiter un arrangement, car tout valait mieux pour lui que de rester dans la situation où il s'était mis vis-à-vis du mari de Jacqueline.
On allait lentement, très lentement, afin d'employer le temps jusqu'au petit jour et ce piétinement sur un chemin désert n'avait rien de récréatif.
Mirande en avait assez quand on déboucha sur le chemin de ronde, plus désert encore que la rue qu'ils venaient de suivre dans toute sa longueur, et il demanda brusquement à Paul:
—Où se trouve-t-il donc, ton fameux terrain?
—A deux cents pas d'ici, répondit Paul. Vois-tu là-bas, cette butte qui fait bosse au milieu d'un bastion?
—Bon!… et après?… Tu ne vas pas, je suppose, nous proposer de monter dessus pour nous battre?
—Non, mais entre la butte et le rempart, il y a une place excellente… assez d'espace pour rompre… un sol ferme sous le gazon sec… on est là comme chez soi, et personne ne peut vous voir… Le cavalier sert d'écran…
—Ça s'appelle un cavalier, cette espèce de monticule?
—Oui, et ça servait pendant le siège contre les obus.