—Le lieu me paraît très bien choisi, dit le marquis.
—Alors, allons-y! conclut Jean.
Et on y alla.
On n'avait pas marché vite et, à la montre de Paul Cormier, il était deux heures passées. Il faisait encore pleine nuit, mais l'attente ne serait pas longue, car le ciel blanchissait déjà du côté de l'est.
Ces messieurs commencèrent par prendre position dans le coin signalé par
Paul et accepté à l'unanimité.
Tout le monde était fatigué et chacun s'assit par terre, les uns au pied du rempart, les autres au pied de la butte.
Le marquis fit mieux, il se coucha sur la pente gazonnée du cavalier, en disant à Paul:
—Ces messieurs m'excuseront. J'ai passé la nuit dernière en wagon et j'ai plus marché ce soir que je n'avais marché pendant toute cette année. Je tombe de sommeil. Il ne fera pas jour avant trois quarts d'heure. Je demande qu'il me soit permis de dormir, et je compte que vous voudrez bien me réveiller aussitôt qu'on y verra clair.
—Je vous le promets, monsieur, dit Paul, tout étonné.
Il ne songeait guère à dormir, ni Mirande non plus, et sans se le dire, ils admiraient ce gentilhomme qui, au moment de jouer sa vie dans un duel, imitait le grand Condé, lequel, comme chacun sait, ne fit qu'un somme pendant toute la nuit, la veille de la bataille de Rocroy.