Et ce n'était pas de la pose car, au bout d'une minute, il ronflait déjà comme un tuyau d'orgue.

Les petits étudiants étaient bien trop émotionnés pour en faire autant, quoique leurs précieuses personnes ne courussent aucun danger. Ils se repentaient d'être venus et ils auraient bien voulu s'en aller.

L'un d'eux osa même dire à l'oreille de Mirande qu'une très jolie farce ce serait de décamper et de laisser le dormeur se réveiller tout seul. Sur quoi, Mirande le tança vertement et déclara que le premier qui filerait aurait affaire à lui.

La proposition du jouvenceau n'était pas héroïque, mais elle était sage.
Aussi n'avait-elle aucune chance d'être adoptée.

Paul, lui-même, la repoussa, mais pas pour le même motif que son ami
Jean.

Jean de Mirande tenait à se battre, pour l'honneur du quartier latin, surtout, car il n'avait pas d'outrage personnel à venger, et il était incontestablement l'offenseur.

Paul, qui se serait très bien contenté d'un arrangement, ne pouvait pas accepter cette façon d'éviter le combat, depuis qu'il s'était chargé, un peu malgré lui, du portefeuille de M. de Ganges. Et, d'ailleurs, l'expédient proposé n'aurait pas amélioré la situation. Le duel eût été retardé, sinon évité, mais le marquis aurait pris ces messieurs pour des drôles, et il n'aurait pas manqué de raconter l'histoire à sa femme, en nommant Paul Cormier, qui aimait mieux tout que cette honte.

Il soutint donc avec Mirande qu'il fallait attendre le réveil du dormeur, et il ne fut plus question de l'idée saugrenue de l'étudiant de première année.

Le jour ne venait pas vite, et le froid du matin se faisait sentir. On alluma des pipes et on piétina pour se réchauffer. L'excitation était tombée. Chacun raisonnait à part soi et on n'échangeait plus de réflexions.

Les instants qui précèdent une bataille sont toujours silencieux; les braves se recueillent, les autres cherchent à se monter la tête pour faire bonne figure quand le combat s'engagera. Mais tous trouvent le temps long.