Et Paul, bien résolu à tenir sa promesse, vit comme un présage sinistre dans cette réminiscence très imprévue de la dernière parole d'un roi qui allait mourir.

Mais Paul n'eut pas le loisir de philosopher sur ce rapprochement entre un monarque condamné à mort par ses sujets révoltés et un déraillé de la vie qui tenait à ne pas quitter ce monde sans en informer sa femme.

Les combattants étaient face à face, les épées étaient croisées.

—Allez, messieurs, prononça Cormier, en se reculant un peu pour laisser le champ libre.

Ils avaient tous les deux très bonne mine sous les armes. Mirande, académiquement posé et ferme comme un roc sur ses grandes jambes; le marquis ramassé sur lui-même, le corps bien effacé, avait pris d'emblée une garde savante et se préparait à attaquer.

Rien qu'à son attitude on voyait qu'il était de première force. Il attaqua en effet, après quelques feintes, et avec une vivacité inquiétante pour Jean de Mirande qui eut fort à faire pour parer une série de coups très bien calculés et magistralement exécutés.

Il était moins leste et moins prompt que le marquis, mais il le tenait à distance, grâce à la portée de son bras, se bornant à lui présenter la pointe de son fer et, sous la menace incessante d'un coup d'allonge, le marquis n'avait pas encore trouvé le joint pour risquer une botte décisive.

Il le trouva enfin, après on dégagement trop large qui fit dévier de la ligne droite l'épée de son adversaire, et il en profita pour charger à fond, avec une telle furie que Mirande dut rompre en parant de son mieux, sans riposter. Le marquis ne lui en laissait pas le temps.

Le combat, mené de la sorte, ne pouvait pas se prolonger beaucoup et tout annonçait qu'il allait se terminer par une catastrophe. Ce n'était pas un de ces duels pour rire où les combattants cherchent à en finir par une piqûre à l'avant-bras. Le marquis tirait au corps et il tirait si bien que c'était un miracle que Jean n'eût pas encore été embroché.

Paul Cormier faisait maintenant des vœux sincères pour son ami et tremblait d'avoir à le ramasser, transpercé d'outre en outre.