18 juillet.—H = 4 heures. Au soir, nous avons atteint nos objectifs, pris 30 canons, fait 400 prisonniers et progressé de 4 kilomètres.

19 juillet.—Sur les routes libérées, les routes où l’on se promène maintenant sans être «vu de l’ennemi», vu de Hautevesnes, qui est à nous... Je ne présenterai pas à Maurice Donnay son jeune admirateur américain; il a été tué en reconnaissance... Pauvre Porthos!..

20 juillet.—La «poussée». Près de l’église démolie de Saint-Gengoulph, dans une carrière où nous passons la nuit, protégés par nos toiles de tente... Saint-Gengoulph, presque Saint-Gingolph, la petite station frontière du lac de Genève, qui évoque pour moi de si jolis souvenirs de vacances... Saint-Gengoulph,—il ne faut pas confondre!.. B. et H. tués...

21 juillet.—A travers champs, dans les trous d’obus. P. tué, J. blessé au ventre. Batteries boches restées sur les positions; à celle-ci, on venait d’amener les avant-trains pour détaler en vitesse. Les trois chevaux ont été tués, les jambes en l’air, et le cadavre du conducteur est coupé en deux... Des tanks passent, en se dandinant, pareils à de vieilles dames précautionneuses...

22 juillet.—La ferme des Vallées. L’officier boche qui a couché ici avant moi a laissé un exemplaire tout crayonné de l’Enfant de Vallés, où il semble qu’il apprenait, à ses heures de loisir, la littérature française...

24 juillet.—La Maison du Bois a été enfin enlevée à la baïonnette. Nous gagnons le bois du Châtelet. Cadavres de quatre ou cinq Boches, les plus audacieux, ceux qui se sont avancés le plus loin, jusqu’à la route. Et des nôtres aussi, trop des nôtres... Comme les morts du champ de bataille ont tout de suite un aspect, des poses, de Musée Grévin; c’est ce qui les rend moins émouvants, peut-être, moins effrayants... A la corne Est du bois du Châtelet, emplacement de la nouvelle Bertha qui devait tirer sur Paris. Un beau travail, vraiment, un gigantesque travail!... Et si rapidement exécuté!... Car enfin nous y sommes passés au bois du Châtelet, il y a deux mois à peine, les Boches n’y étaient pas, et il a fallu amener, dresser cette énorme plate-forme... Nous allons coucher dessous, d’ailleurs, elle nous sera un abri précieux, sinon confortable. Le formidable et laborieux effort des Boches, que sa mise en place représente, aura toujours, du moins, servi à ça...

25 juillet.—Nous sommes relevés et quittons dans la nuit notre P. C. Bertha. Arrivée à Monthiers dans une villa aux volets verts qui a bien encore des volets, mais plus de toit; un amoncellement de plâtras, d’ordures, et cette odeur de cadavre... Au jour, nous constatons que le propriétaire de la villa aux volets verts avait bien choisi son endroit pour faire construire. Quelle vue sur le village, au-dessus des toits du village dont les tuiles ont été comme «écaillées» par l’artillerie, celle des Boches, tour à tour, et la nôtre! On s’installe. Meubles hétéroclites retrouvés dans les abris boches. L’église elle-même est au pillage, missels, ornements sacerdotaux... Elle était charmante, cette église, qui porte cette inscription: «Le Peuple français reconnaît l’Être Suprême et l’Immortalité de l’Ame.» J’ai trouvé une rose «parmi les ruines»...

27 juillet.—En haut du château de Monthiers, panorama du champ de bataille. Toutes ces côtes, tous ces bois qui ont été si disputés, dont nous avons tant parlé, la Ferme Pétré, la Grenouillère... Ce n’était que ça!... Arbres fracassés, trous d’obus. Et des débris d’équipements, des bandes de mitrailleuses, des tombes hâtives, comme improvisées... Une petite maison, la dernière du village, écroulée comme les autres, mais où tient encore l’enseigne: «Sage-femme de 1ᵉʳ classe...» Hélas! ce sont les hommes qui auraient besoin de sagesse!...

28 juillet.—Nous faisons, en sens inverse, notre trajet d’il y a deux mois. Sommelans, Neuilly-Saint-Front, c’est tout notre ancien champ de bataille et de retraite, jalonné de trous d’obus et de tombes. Ah! la bataille n’a pas «arrangé» le paysage!... Et au fond, nos hommes avaient bien raison d’emporter au moins les poulets!