Il y a du moins une impression très belle que ressentent profondément les «terriens» qui sont avec nous: dans les champs les moissons prochaines, que les Boches avaient respectées parce qu’ils comptaient bien en profiter,—et c’est, par nous, pour nous, la libération des moissons...

On nous a assigné Dammard comme lieu de repos. Du village, rien ne subsiste, que quelques pans de muraille. Le clocher de l’église a été coupé en deux, du haut en bas, comme une armoire dont on aurait arraché la porte...

Tandis que je contemple ces ruines, trois limousines passent, vers la Ferté-Milon; dans la seconde, un vieillard en chapeau mou, qui se rencoigne à côté d’un général: Clemenceau.

EN BELGIQUE

ON peut regretter, certes, de n’avoir pas fini la guerre en Lorraine ou en Alsace, de n’avoir pas connu les heures magnifiques où se matérialisa la revanche victorieuse, où ce qui avait été l’enjeu, le but de cette guerre, nous l’avons enfin touché de notre main, nous l’avons serré dans nos bras, pour une étreinte passionnée; on peut regretter de n’avoir pas été de ceux qui, dans Metz ou dans Strasbourg reconquises, connurent l’allégresse et la fierté du premier retour, la douceur émouvante du premier accueil. Du moins, nous aura-t-il été donné de laver la Belgique de la souillure allemande, d’entendre, nous aussi, monter vers nous des cris de joie et de reconnaissance, toute l’exaltation de ce noble et vaillant petit peuple enfin libéré, et, à défaut de nos frères d’Alsace et de Lorraine, nous nous réjouissons et nous nous enorgueillissons d’avoir participé aux derniers combats qui délivrèrent nos frères de Belgique, de nous être, à l’instant suprême de la victoire, trouvé auprès d’eux, cœur à cœur.