… L’homme s’agite, le ruban le mène ! Nous écoutons impassibles s’élever, des marécages d’une politique de boue, les coassements de toutes les grenouilles panamistes gonflées vers le chiffon écarlate. Et nous songeons que c’est pour la jeter en pâture aux appétits des laquais électoraux qu’un gouvernement de lâches et de cosmopolites arrache la croix d’honneur à cette même poitrine que notre grand et cher Déroulède offrait jadis, bouclier de la Patrie, aux balles et aux lances des uhlans prussiens !…
Juvénal.
M. Bédu-Martin, à La Marche.
Mon cher Grand-Papa,
C’est la première fois, depuis sa naissance, que votre petite-fille Vovonne n’est pas auprès de vous, le jour de l’an, pour vous embrasser bien fort et vous souhaiter la bonne année. Savez-vous que j’en ai un gros chagrin, malgré ma joie d’être à Paris ; ah ! grand-papa, pourquoi n’être pas ici avec vos enfants qui seraient si heureux tous de vous avoir ! Mère ne cesse de me le répéter chaque jour : — Si bon papa était ici, Vovonne, nous serions vraiment trop contents !… — Et elle a bien raison, je trouve, moi : car, allez cher grand-père, à présent que je connais bien Paris, je vous en ferais voir de belles choses, et faire de longues promenades, nous en ferions chaque après-midi, tous les deux, et ce que nous serions contents, allez, je vous le garantis, vous ne penseriez plus à vos méchantes douleurs rhumatismales. Enfin, cher bon papa, si vous nous aviez accompagnés à Paris, comme on vous en avait tant prié, eh bien ! au lieu de vous écrire comme je fais, je serais venue moi-même demain matin dans votre chambre, vous crier comme toujours : — Bonne et heureuse année, cher grand-père ! — J’ai aussi le cœur gros en songeant que ce n’est qu’au printemps que je vous embrasserai, les occupations de père ne nous permettront pas de nous éloigner de Paris avant mai, et vous-même je vois bien que vous ne viendrez pas cet hiver, alors… — Mais, ne nous attristons pas, n’est-ce pas, cher bon-papa !
Savez-vous que je deviens tout à fait Parisienne, et mère aussi ; nous sortons beaucoup, beaucoup, nous allons quelquefois au théâtre, et fort souvent en visite ; j’ai été vendeuse à une grande vente de charité, j’aidais ces dames Tirebois qui avaient un buffet ; nous avons eu un monde énorme ; beaucoup de jeunes gens : ils aiment beaucoup les gâteaux, je vous assure, bon-papa ! A lui seul, le cousin de Germaine Tirebois a avalé pour quinze francs de beurres-mokas, j’en avais mal au cœur pour lui ! Je me suis, naturellement, énormément amusée, Germaine est si gaie, si boute-en-train, et sa mère réellement très aimable. Ce sont là de très bonnes amies que nous avons, et nous nous voyons fréquemment. Mère a pris un jour de réception ; nous commençons à avoir pas mal de relations, et comme nous rendons beaucoup de visites, les mercredis de maman sont très courus. J’ai des amies très gentilles ici, mais je n’ai de réelle affection que pour Germaine. C’est elle d’abord que je connais le plus, et depuis très longtemps, et ensuite nous avons deux natures qui sympathisent parfaitement. Son père et sa mère sont aussi, il faut l’avouer, des gens réellement aimables, et fort liés avec mes parents, de cette façon l’amitié que j’ai pour Germaine ne fera qu’aller en augmentant. Elle ne vous a vu qu’une fois à La Marche, il y a quatre ans, pour la fête du 15 août, vous rappelez-vous, cher bon-papa ? eh bien ! elle a gardé un très bon souvenir de vous, et elle se souvient parfaitement que vous lui avez offert une belle fleur de votre petit jardin…
Cher bon-papa, je ne veux pas vous ennuyer plus longtemps de mon bavardage, et je me sauve bien vite. Encore une fois, bonne et heureuse année, et de bons et affectueux baisers de votre petite-fille bien aimante,
Yvonne Martin-Martin.
Maman me charge de vous dire qu’elle vous écrira demain, mais qu’elle fait partir pour vous une petite caisse de fruits confits.