La personne de qui je tiens ces détails ajouta qu’elle en avait cherché le lendemain le récit dans plusieurs journaux et que, ne l’ayant pas trouvé, elle avait exprimé à un de ses amis, témoin comme elle de cette aventure, son étonnement de ce qu’aucune feuille publique n’en eût parlé.

XXXVII

UNE LECTURE DES MÉMOIRES DE M. DE CHATEAUBRIAND A L’ABBAYE-AUX-BOIS.

Lors de plusieurs visites que nous avons faites dernièrement à la délicieuse Abbaye-aux-Bois, la question s’est élevée de savoir s’il serait possible que j’assistasse aux lectures des mémoires de M. de Chateaubriand.

UNE LECTURE DES Mémoires d’outre-tombe A L’ABBAYE-AUX-BOIS

(Par A. Hervieu) (Extr. de Paris and the Parisians, by Mrs. Trollope)

L’appartement que ma charmante amie et compatriote, miss Clarke, occupé dans cette même exquise abbaye, fut le théâtre de plusieurs de ces angoissantes consultations. A l’encontre de mon désir,—car je n’étais pas si hardie que d’avoir des espérances,—il y avait d’abord que ces lectures si jalousement privées, bien que si célèbres dans le public, étaient pour le moment suspendues: le lecteur lui-même n’était pas alors à Paris. Mais que ne peut le zèle de l’amitié! Mᵐᵉ Récamier prit ma cause en mains et un jour me fut désigné, ainsi qu’à mes filles, pour jouir de cette grande faveur...

La réunion assemblée chez Mᵐᵉ Récamier à cette occasion ne dépassait pas dix-sept personnes, compris Mᵐᵉ Récamier et M. de Chateaubriand eux-mêmes. Plusieurs des assistants avaient entendu les premières lectures. Les duchesses de La Rochefoucauld et de Noailles et une ou deux autres dames de la noblesse étaient présentes. En voyant entrer la petite-fille du général Lafayette, qui est mariée à un gentilhomme que l’on dit appartenir à l’extrême côté gauche, je compris que le génie n’est d’aucun parti car je remarquai qu’ils écoutaient tous deux avec autant d’intérêt que nous les détails émouvants de ce qu’on lisait. Et qui donc aurait pu faire autrement? Cette dame était assise sur un sofa entre Mᵐᵉ Récamier et moi; M. Ampère, le lecteur et M. de Chateaubriand avaient pris place sur un autre sofa, faisant angle droit avec le nôtre; de la sorte, j’eus le plaisir de contempler une des plus expressives physionomies que j’aie jamais vue cependant que l’on nous communiquait ce beau témoignage de sa tête et de son cœur. De l’autre côté de moi était un homme que je fus extrêmement heureuse de rencontrer, le célèbre Gérard, et j’eus le plaisir de causer avec lui avant que la lecture ne commençât. Il est de ceux dont l’aspect et les paroles ne déçoivent pas, quoi que