PLAN DE LA SALLE DU PROCÈS MONSTRE

(Extr. du Charivari, 1835)

laisse attendre sa haute réputation. Il n’y avait pas de cercle formé; les dames s’approchèrent du sofa placé aux pieds de Corinne et les messieurs se groupèrent derrière elles. Le soleil pénétrait délicatement dans la chambre à travers les rideaux de soie blanche; des fleurs délicieuses embaumaient l’air; les tranquilles jardins de l’Abbaye s’étendaient sous les fenêtres à une distance suffisante pour nous éviter tout le bruit de Paris; bref, l’ensemble était parfait. Serez-vous étonnée si je vous dis que j’ai été enchantée et si j’ai pensé que ces heures-là resteront l’un de mes plus doux souvenirs?...

XXXVIII

UNE EXCURSION A MONTMORENCY.—LE PASSAGE DELORME.—LES CHEVAUX ET LES ANES.—SOUVENIRS DE ROUSSEAU.—«DINER SUR L’HERBE».—ACCIDENT.

Il y a plus de quinze jours, je crois, que nous fîmes, avec une très agréable société de vingt personnes, une longue promenade en voiture hors de Paris et un très gai dîner sur l’herbe. Il n’est pas aisé de trouver un jour qui permette à vingt personnes d’être libres à la fois et de pouvoir quitter Paris. Mais l’occasion fait surmonter bien des obstacles! Nous avions décidé que nous irions à Montmorency et nous sommes allés à Montmorency. Ce fut réellement une très joyeuse journée, bien qu’elle ne se soit point passée sans mésaventures. Nous en subîmes une au moment du départ qui pensa faire avorter notre projet tout entier. Nous nous étions fixé la galerie Delorme comme lieu de rendez-vous pour nous et nos paniers, et c’est là que les voitures, commandées par celui de nous qui s’en était chargé, devaient venir nous prendre. A dix heures précises, notre premier détachement fut déposé, avec ses bagages, à l’extrémité sud de la galerie; d’autres, puis d’autres suivirent, jusqu’à ce que nous nous trouvâmes tous là. Les paniers étaient empilés les uns sur les autres et les passants lisaient notre histoire à la fois dans ces paniers et dans nos regards, dirigés avec anxiété vers le chemin par lequel les voitures devaient arriver.

Quel supplice!... Chaque minute, chaque seconde faisait retentir à nos oreilles des roulements de voitures, mais nous étions toujours désappointés: les roues continuaient à tourner, aucune voiture ne s’arrêtait pour nous, et nous restions in statu quo à nous regarder nous et nos paniers!...

Enfin, les jeunes gens de l’assemblée, s’éveillant soudainement de leur indifférence, déclarèrent que les demoiselles ne seraient pas désappointées; et, après avoir décidé le nombre et l’espèce de véhicules que chacun d’eux aurait la consigne d’aller chercher—et trouver au risque de perdre sa réputation,—ils s’élancèrent, nous laissant l’esprit et le cœur ranimés et capables de braver tous les regards des curieux.