Notre demi-douzaine d’aides de camp revint triomphalement au bout de quelques minutes, chacun dans sa delta ou dans sa citadine, et bientôt nous laissâmes la galerie Delorme loin derrière nous...

Arrivés au fameux Cheval blanc, à Montmorency (dont l’enseigne, rapporte l’histoire, fut peinte par la main de Gérard lui-même qui, dans sa jeunesse, ayant fait, avec son ami Isabey, un pèlerinage à ce lieu consacré au romanesque, se trouva sans autre moyen de payer sa dépense que de brosser une enseigne pour son hôte), nous quittâmes nos citadines fatiguées et fatigantes, et nous mîmes en devoir de choisir parmi les nombreux chevaux et ânes qui stationnaient, sellés et bridés, à la porte de l’auberge, vingt bonnes montures, plus une ou deux bêtes de somme, pour porter nous et nos provisions vers la forêt.

Oh! le tumulte qui accompagna ce choix! Une multitude de vieilles femmes et de gamins nous assaillaient de tous côtés:

«Tenez, madame, voilà mon âne! Y a-t-il une autre bête comme la mienne?...

Non, non, non, belles dames! Ne le croyez pas, c’est la mienne qu’il vous faut...

Et vous, monsieur, c’est un cheval qui vous manque, n’est-ce pas? En voilà un superbe...»

L’ERMITAGE DE JEAN-JACQUES A MONTMORENCY

(Par A. Pollet) (Coll. J. B.)

Les vieilles voix rauques et les aigres jeunes voix, jointes à nos propres accents joyeux, produisirent un tapage qui attira autour de nous la moitié de la population de Montmorency; enfin, nous nous trouvâmes montés, et, ce qui était infiniment plus important et plus difficile, nos paniers le furent aussi.