Je ne puis abandonner ce sujet sans ajouter quelques mots sur le public ou tout au moins sur une partie du public, dont il m’a semblé que l’apparence offrait des preuves non équivoques du progrès des esprits et de celui de l’indécorum. Dans tous les endroits où la foule des amateurs était le plus dense, on voyait et on sentait un nombre considérable de citoyens et de citoyennes particulièrement graisseux. Mais, comme dit le proverbe:

«La noix la plus douce a l’écorce la plus amère.»

et ce serait ici une trahison, je suppose, que de douter qu’il ne se cache, sous ces blouses sales et ces jupons usés, autant de raffinement et d’intelligence que nous pouvons espérer d’en trouver sous le satin et la dentelle.

GRAVURE DE A. HERVIEU

(Extrait de Paris and the Parisians, par Mrs. Trollope)

C’est un fait indiscutable, je crois, que, lorsque les immortels de Paris élevèrent des barricades dans les rues, ils démolirent plus ou moins les barrières de la société. Mais c’est là un mal que n’ont pas besoin de déplorer les gens qui songent à l’avenir. La nature elle-même, du moins telle qu’elle se montre quand l’homme abandonne les forêts, pour vivre en société dans les cités, la nature prend soin elle-même de remettre tout en ordre.

«La force veut dominer la faiblesse».

et quand, un matin, tous les hommes se réveilleraient égaux, l’heure du coucher ne serait pas arrivée que certains auraient déjà compris que la destinée leur impose de faire le lit des autres. Telle est la loi naturelle. La force brutale de la foule n’est pas plus capable de l’enfreindre que le bœuf de nous faire tirer la charrue ou l’éléphant de nous arracher les dents pour en faire des jouets à ses petits.

En ce moment, toutefois, un peu de la lie que la promulgation des Ordonnances a soulevée, flotte encore à la surface, et il est difficile d’observer, sans sourire, en quoi consiste principalement cette liberté pour laquelle ces immortels ont versé leur sang. Nous pouvons bien dire, en vérité, que la population de Paris est philosophe et qu’elle est reconnaissante de très petites choses, puisqu’un des plus remarquables, parmi les droits qu’elle s’est nouvellement acquis par la révolution, est certainement celui de se présenter sale devant ses chefs.