L’ABBÉ CŒUR, CHANOINE HONORAIRE DE NANTES
(Par Delacluze) (Bibliothèque Nationale)
l’autre être mis en état de siège et que tous les étrangers, sauf ceux appartenant à l’ambassade, seront priés de partir. Un autre déclare que tout cela est une pure invention; mais ajoute qu’un fort cordon de troupes entourera probablement Paris, et veillera nuit et jour de peur que les jeunes gens de la capitale n’entreprennent, dans leur excitation, de laver dans le sang de leurs concitoyens la honte que la naissance illégitime du Monstre a répandue sur la France. D’autres annoncent qu’un corps dévoué de patriotes a juré de sacrifier une hécatombe de gardes nationaux, pour expier une abomination dont ils accusent lesdits guerriers d’être les auteurs.
Beaucoup enfin déclarent que le procès ne sera jamais jugé; que le gouvernement se sert audacieusement de l’image du Monstre pour effrayer les gens; et qu’une amnistie générale terminera l’affaire. En vérité, ce serait une tâche fatigante que de rapporter seulement la moitié des histoires qui courent en ce moment à ce sujet; mais je vous assure que voir tous ces préparatifs et écouter tout cela, c’est assez pour devenir nerveuse; et beaucoup de familles anglaises ont trouvé plus prudent de quitter Paris...
VI
ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE.—L’ABBÉ CŒUR.—SERMON A SAINT-ROCH.—ÉLÉGANCE DU PUBLIC.—COSTUME DU JEUNE CLERGÉ.
Depuis mon retour dans cette changeante France, j’ai constaté une nouveauté qui m’a été très agréable, c’est la considération et le goût que l’on y a maintenant pour l’éloquence de la chaire...
Il y a environ une douzaine d’années, je voulus savoir si l’on trouvait encore à Paris quelques traces de la glorieuse éloquence des Bossuet et des Fénelon. J’entendis des sermons à Notre-Dame, à Saint-Roch, à Saint Eustache; mais jamais course au talent fut aussi peu couronnée de succès. Les prédicateurs étaient cruellement médiocres; aussi bien, ils avaient l’air d’hommes communs et sans culture, ce qui était d’ailleurs, et est encore, je crois, bien souvent le cas. Les églises étaient à peu près vides; et les rares personnes dispersées çà et là dans leurs splendides bas-côtés étaient généralement des vieilles femmes du peuple.