Le couvent fut détruit à la Révolution (par excellence), mais les équipages parisiens continuent de se diriger vers le même endroit quand arrivent les trois derniers jours du carême.
Ce spectacle ravissant peut rivaliser avec celui d’un dimanche de printemps à Hyde-Park quant au nombre et à l’élégance des équipages, mais le surpasse par la longueur et la beauté de la route que l’on suit. Bien que l’on appelle toujours «aller à Longchamps» cette promenade de tout ce que Paris compte de riche, d’important et d’élégant, les voitures, les cavaliers et les piétons ne sortent guère de cette noble avenue qui conduit de l’entrée des Champs-Elysées à la barrière de l’Etoile.
De trois à six heures, ce vaste espace est plein de monde; et je n’imaginais réellement pas que tant d’équipages bien attelés pussent être réunis ailleurs qu’à Londres. La famille royale avait là plusieurs belles voitures; celle du duc d’Orléans était particulièrement remarquable par la beauté de ses chevaux et son élégance d’ensemble.
TILBURY
Les ministres d’Etat et toutes les légations étrangères étaient là également; plusieurs dans des équipages vraiment parfaits, avec des chasseurs à plumets de diverses couleurs; beaucoup avaient attelé à quatre de très beaux chevaux, réellement bien harnachés. Enfin une quantité de particuliers montraient aussi des voitures, ravissantes par les jolies femmes qu’elles renfermaient et tout cela contribuait fort à l’éclat de la scène.
Le seul personnage toutefois, à part le duc d’Orléans, qui eût deux voitures, deux chasseurs emplumés et deux fois deux paires de chevaux richement harnachés, était un certain M. T..., commerçant américain, dont la grande fortune, et encore plus les colossales dépenses, consternent les compatriotes raisonnables. On nous a assuré que l’excentricité de ce gentleman trans-atlantique est telle que, pendant les trois jours qu’a duré la promenade de Longchamps, il s’est montré chaque fois avec des livrées différentes. Apparemment qu’il n’a aucune raison de famille pour préférer une couleur à une autre.
CALÈCHE
On voyait çà et là plusieurs cavaliers anglais très élégants, et la réunion en était ornée, car les gracieuses lançades, l’allure, la robe luisante de ces charmants animaux que sont les chevaux de selle anglais étaient des plus attrayantes parties du spectacle. Il ne manquait pas non plus de Français sur de très belles montures. Sous les arbres, dans la contre-allée, se pressaient des milliers de piétons élégants. Si bien que la scène entière était comme une masse mouvante de pompe et de plaisir.