LANDAU
Néanmoins le temps était loin, le premier jour, d’être favorable: le vent était si aigrement froid que je décommandai la voiture que j’avais demandée, et, au lieu d’aller à Longchamps, nous restâmes à nous chauffer assis au coin du feu; avant trois heures, la terre était déjà couverte de neige. Le jour suivant promettant d’être meilleur, nous nous aventurâmes; mais le spectacle fut fâcheux; beaucoup de voitures étaient ouvertes et les dames qui les occupaient frissonnaient dans leurs claires et flottantes robes de printemps. Car c’est à Longchamps que paraissent d’abord les modes de la nouvelle saison; et avant cette promenade décisive personne ne peut dire, pour renseigné qu’il soit sur ce chapitre, quel chapeau, quelle écharpe, quel schall, ou quelle couleur sera préféré par les élégantes de Paris durant la saison à venir. Conséquemment les modistes avaient fait leur devoir et avancé le printemps. Mais c’était une tristesse de voir tant de ravissantes branches de lilas, de gracieuses et flexibles cytises, dont chacune était une œuvre d’art, tordues et torturées, pliées et cassées par le vent. On eût dit que le paresseux printemps, humilié de voir imiter si parfaitement les fleurs qu’il avait lui-même oublié d’apporter, envoyait ce souffle inclément pour les détruire. Tout fut abîmé. Les rubans aux teintes tendres furent bientôt couverts de grésil; tandis que les plumes, au lieu de flotter, comme elles auraient dû sous la brise, livraient une furieuse bataille au vent.
EN PROMENADE
(Achille Giroux del.) (Collection J. B.)
Ce ne fut donc que le jour suivant—le dernier des trois—que Longchamps montra réellement le brillant assemblage de voitures, de cavaliers et de piétons dont je vous ai parlé. Ce dernier jour, bien qu’il fît encore froid pour la saison (l’Angleterre même eût été honteuse d’un tel temps le 17 avril), le soleil se montra et sourit pour consoler en quelque sorte les pieux pèlerins.
Nous restâmes, comme tout Paris, à nous promener en voiture au milieu de la foule élégante jusqu’à six heures, moment où graduellement on commença à se retirer et à rentrer chez soi pour le dîner.