SALLE DU PROCÈS MONSTRE, PRISE DU BANC DES TÉMOINS A DÉCHARGE
(Delanniers lith.) (Extrait du Charivari, 1855)
VIII
LA CHAMBRE DE JUSTICE AU LUXEMBOURG.—L’INSTITUT.—M. MIGNET.—CONCERT MUSARD.
Par une faveur très grande et toute spéciale, nous avons pu voir la nouvelle chambre qui a été construite au Luxembourg pour le jugement des prisonniers politiques. L’extérieur en est très beau, et, quoique la salle soit bâtie entièrement en bois, elle s’harmonise bien au vieux palais dont elle imite le style massif et riche. Les lourdes balustrades, les gigantesques bas-reliefs qui la décorent, sont tous grands, solides et magnifiques; et quand on pense que tout cela a été élevé en deux mois, on est tenté de croire qu’Aladin est devenu doctrinaire et a mis sa lampe la plus diligente au service de l’Etat.
La salle d’audience est vaste, mais par suite du grand nombre des accusés et du nombre plus grand encore des témoins, il s’y trouvera peu de place pour le public. La prudence, peut-être, a fait cela autant que la nécessité; on ne peut s’étonner qu’en cette occasion les pairs de France désirent avoir affaire aussi peu que possible à la foule parisienne.
Je remarquai qu’un espace considérable avait été réservé pour les couloirs, pour les antichambres et pour les dégagements de toutes sortes; c’est une mesure fort sage, car on devra peut-être déployer beaucoup de force armée. De fait, je crois que les troupes sont et seront toujours le seul moyen de maintenir en respect un peuple remarquablement libre...
En quittant le Luxembourg, nous allâmes au bureau du secrétariat de l’Institut demander des places pour la réunion annuelle des cinq Académies, qui eut lieu hier. On nous les accorda très obligeamment—(oh! si nos institutions, nos Académies, nos cours, à nous, étaient aussi libéralement organisés!)—et, grâce à cela, nous passâmes deux heures très agréables.