Je vous laisse à imaginer les sous-entendus qui ont été émis à ce sujet; et il m’a été assuré confidentiellement, dans plusieurs maisons, que les revues de troupes seront à l’avenir un des divertissements les plus fréquents, sinon les plus populaires des Parisiens. Si vraiment il est nécessaire de déployer des forces pour assurer la tranquillité dans ce pays sans cesse agité, le gouvernement a raison de le faire; mais si ce ne l’est pas, il y a quelque imprudence à montrer tant de soldats, car
Une riche armure portée dans la chaleur du jour
protège, mais étouffe.
Hier, 1ᵉʳ mai étant, d’après le calendrier, le jour consacré à saint Jacques et à saint Philippe, était regardé comme la fête du roi actuel de France. Le temps était superbe, et tout semblait gai, surtout dans la partie de la capitale qui avoisine les Champs-Elysées et les Tuileries.
Comme un sage spectateur m’avait assurée que c’est dans les nombreux rassemblements que se manifestent les impressions populaires, et, comme je désirais me promener aux Champs-Elysées, j’étais sur le point de commander une voiture pour nous conduire; mais mon ami m’arrêta:
«Vous pouvez aussi bien rester chez vous, me dit-il; de votre voiture vous ne verrez qu’une masse de gens; tandis que si vous vous promenez au milieu de la foule, vous pourrez peut-être découvrir si le peuple pense à quelque chose ou à rien.
—A quelque chose ou à rien? répondis-je. Le «quelque chose» amènerait peut-être une révolution? Réellement dites-moi si vous croyez qu’il y a des chances d’émeute?»
LES CHAMPS-ÉLYSÉES
(Collection J. B.)
Au lieu de répondre, mon ami se tourna vers un gentleman qui revenait de la revue des troupes passée par le roi.