Quatre grands enclos al fresco, destinés à la danse et munis chacun d’un orchestre respectable, occupaient les coins de cet espace; et malgré la foule, la chaleur, le soleil et le tapage, la danse ne cessa pas un seul instant pendant toute cette journée d’été. Quand un couple de danseurs était fatigué, un autre le remplaçait. L’activité, la gaieté et la bonne humeur générale de cette immense foule ne se démentirent pas du matin au soir.

Ce peuple mérite réellement des fêtes; il se réjouit si cordialement, et en même temps si paisiblement!

Tels furent les faits les plus frappants dans ce jubilé; mais nous ne faisons pas un pas à travers la foule sans y découvrir quelque trait caractéristique de la joie parisienne. Je fus charmée de constater pendant toute ma promenade que, suivant le mot de notre ami: «Personne ne pensait à rien.»

Mais ce qui me plut davantage que tout le reste fut la sobriété que montre le peuple dans ses rafraîchissements. Les hommes, jeunes et vieux, les respectables matrones et les gentilles demoiselles étanchaient leur soif avec de la limonade glacée, que des fontaines ambulantes fournissaient en quantité incroyable, au prix d’un sou le verre. Heureusement pour elle, cette population au cœur léger, et qui aime tant les fêtes, ne se divertit pas dans les palais du gin.

LA MARCHANDE DE BEIGNETS

Cependant il faut satisfaire la faim comme la soif: pour contenter le goût friand du peuple, on voyait donc des réchauds par douzaines, sous les arbres, à chacun desquels présidait une vieille femme, brandissant sur les charbons une poêle à frire d’où s’échappait un parfum d’oignons, et vantant d’une voix perçante les qualités de ses saucisses et de son foie. Ce fut pour moi le seul désagrément de la journée: l’odeur de ces cuisines en plein air n’avait rien, je l’avoue, d’agréable; mais tout le reste me plut extrêmement. Je voyais pour la première fois une populace entière en fête, et je ne croyais pas que ce spectacle pourrait autant m’amuser et sans m’effrayer aucunement. Devant une de ces cuisines à la terrible odeur, j’admirai en quel style poli une vieille, qui avait profité de l’ombre d’un arbre pour son restaurant, défendait son installation contre l’invasion d’un marchand de pain d’épice:

«Pardon, monsieur!... ne venez pas, je vous prie, déranger mon établissement.»

La vue de ces deux vieilles grotesques têtes, avec leur accoutrement, rendait exquise cette simple apostrophe. La réponse fut un salut et le départ du marchand de pain d’épice. Ici, je ne puis m’empêcher de songer au langage énergique qui aurait été tenu, en semblable circonstance, à la foire de Bartholomew.