XII

REVUE SUR LA PLACE DU CARROUSEL.—LA GARDE MUNICIPALE.—LA GARDE NATIONALE.

Nous avons assisté sur la place du Carrousel à une revue de très belles troupes, composées de gardes nationaux, de soldats de la ligne, et de ce superbe corps municipal appelé la garde de Paris. Ce dernier, il me semble, remplit dans Paris, depuis la révolution de 1830, les fonctions policières de ce que l’on appelait anciennement la gendarmerie; mais ce nom étant tombé en discrédit dans la capitale—les jeunes gens, par exemple, considéreraient comme une insulte le nom de gendarme—on a pris à sa place celui de garde de Paris; les gendarmes ne se trouvent plus qu’en province. D’ailleurs, qu’ils s’appellent d’un nom ou d’un autre, je ne vis jamais un corps avoir plus belle apparence. Les hommes et les chevaux, les équipements et la discipline, tout m’y sembla parfait...

L’apparence de la garde nationale réunie sous les armes, comme à cette revue, est aussi très imposante. On s’aperçoit au premier coup d’œil que ce ne sont pas là des troupes ordinaires. Tous les équipements sont en excellent état, et leurs uniformes, confectionnés non en gros drap de soldat, mais en drap fin, contribuent à rehausser leur éclat. Inutile de dire que l’uniforme lui-même, bleu foncé, avec son délicat pantalon blanc, est particulièrement joli dans une parade; le blanc est beaucoup plus seyant, à mon avis, que le pantalon rouge des troupes, il est peut-être moins pratique en campagne.

Le roi et ses fils étaient à cheval. L’état-major entier était brillant et élégant, et d’un style aussi aristocratique qu’un prince le peut désirer. Des cris de «Vive le roi!» fournis et gais, se faisaient entendre le long des rangs; et, si cela est un indice des sentiments de l’armée envers Philippe, le roi peut rester indifférent à toutes les prédictions de mauvais avenir.

Mais, dans cette cité de contradictions, on ne peut jamais tirer aucune conclusion sûre de ce qu’on observe; car, cinq minutes après, celui-ci ou celui-là vient vous affirmer que vous êtes dans l’erreur, que vous vous abusez complètement, et que c’est le contraire exactement de ce que vous supposez qui est la vérité. Ainsi, lorsque je racontai dans la soirée la réception cordiale que les soldats avaient faite au roi le matin même, on me répondit: «Je le crois bien, madame; les officiers leur commandent de le faire

Nous restâmes un bon moment sur le terrain de la revue, et nous vîmes aussi bien qu’on peut voir du fond d’une voiture. Comme toute parade de troupes bien équipées et bien commandées, celle-là formait un spectacle brillant et joli; et en dépit de la caustique réponse à mon enthousiasme que je viens de vous rapporter, je reste d’avis que le roi Philippe peut être content de ses troupes et de la manière dont elles l’ont accueilli...

XIII

SOIRÉE.—LE CAUSEUR QUI FAIT MYSTÈRE DE TOUT.

6 mai 1835.