La danse des satans ! Manech en avait souvent entendu parler. On la pratiqua toujours à Mauléon et à Tardets, mais il ne l’avait jamais encore vue. La municipalité la produisait ici, pour la première fois, en l’honneur de la fête patronale.

Lorsque ces hommes infatigables qui, depuis l’avant-veille, avait traversé huit villages en y dansant, et en dansant sur leur trajet, tout au long des routes poudreuses, laissèrent se dissiper le charme qui les élevait dans les airs, l’un d’eux se plaça au milieu de la haie de curieux qui les entourait.


Un grand silence majestueux et triste planait au-dessus des platanes qu’accablait encore la canicule dans le soir tombant.


Une phrase monta, une phrase chantée par celui qui venait remercier le Labourd d’avoir invité la Soule à danser devant lui, une phrase sans limites, aux modulations variées comme les nuages du couchant où elle allait se fondre, une phrase si ample qu’on l’entendait dépasser les crêtes, descendre au bas des vallées et remonter, une phrase sans reprise faite de soupirs ou d’appels.


C’est alors que Manech aperçut, à vingt pas de lui, Yuana qui, de ses yeux d’amoureuse, le provoquait. Elle portait des bas fins, des souliers à la mode, une rose noire au corsage. Elle lui sourit. Mais il ne répondit pas à cette agacerie. Et, lui tournant le dos, les mains aux poches, le berret en arrière, il alla retrouver ses camarades qui s’amusaient aux tirs et aux loteries. Il se sentait libre à ce moment. Il ne pensait pas à grand’chose. Depuis la fin du printemps, il avait peu rencontré Yuana et ses sens s’étaient tus, sa fièvre s’était éteinte. Il était encore le sage adolescent auquel son père avait permis d’assister, ce soir, au feu d’artifice.


Il ne reprit que vers dix heures le chemin de Garralda. La nuit était si lourde qu’il avait enlevé sa veste, la laissant pendre négligemment sur une épaule.