Il n’avait pas franchi le premier kilomètre qu’il crut apercevoir, à quelques pas de lui, Yuana qui revenait de la fête. C’était bien elle, mais pas seule. Il la distança et reconnut, sans hésiter, dans le jeune homme qui la tenait par la taille, le danseur souletin qui, tantôt, les yeux perdus, porteur d’un sceptre comique, valsait vertigineusement. La lune était trop claire pour qu’il pût se méprendre, quoique le baladin eût substitué à son costume de parade un simple pantalon de toile blanche et l’une de ces blouses que, dans le pays, on appelle chamar.


Manech passa devant eux, sans avoir l’air de les reconnaître. Mais il s’entendit nommer presque aussitôt. Yuana courait à lui avec beaucoup de grâce, ayant abandonné son accompagnateur.


— Manech, dit-elle, tu retournes à Garralda ? Veux-tu que nous fassions route ensemble ! Mais ralentis ton pas, je suis un peu essoufflée.

Il n’osa refuser, ne lui fit d’abord aucune réflexion, mais elle la prévint :


— Cet homme avec qui tu m’as rencontrée…

— Est un danseur.